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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

C3.3 — Réactions d'oxydoréduction

Objectif du chapitre. Étudier les réactions d'oxydoréduction : le nombre d'oxydation, les couples redox, les demi-équations, le potentiel de Nernst, la prévision du sens d'une réaction, la constante d'équilibre à partir des potentiels standard E∘E^\circ, les piles (fem, polarité, capacité), les titrages redox et les diagrammes potentiel-pH (lecture et exploitation). L'objectif est de savoir calculer une constante d'équilibre redox à partir des potentiels standard : c'est l'exercice type du chapitre.

Notions​

1. Nombre d'oxydation, couples, demi-équations​

Nombre d'oxydation. Le nombre d'oxydation (ou état d'oxydation) d'un atome dans une espèce est la charge qu'il aurait si les liaisons étaient totales ; les règles sont : l'élément libre a un nombre d'oxydation 0 ; l'ion monoatomique a un nombre d'oxydation égal à sa charge ; l'O vaut −2-2 (sauf peroxydes −1-1) ; le H vaut +1+1 (sauf hydrures −1-1) ; la somme des nombres d'oxydation d'une espèce neutre est 0 (ou égale à la charge pour un ion).

Oxydant et réducteur. Un oxydant est une espèce qui accepte des électrons (il est réduit) ; un réducteur est une espèce qui cède des électrons (il est oxydé) ; un couple redox est formé d'une espèce oxydée (l'oxydant) et d'une espèce réduite (le réducteur) :

Oxydant+n e−⇌Reˊducteur\text{Oxydant} + n\,e^- \rightleftharpoons \text{Réducteur}

Demi-équation. Une demi-équation équivale l'oxydation (ou la réduction) d'un couple ; elle est équilibrée en masse et en charge (avec des H2O\text{H}_2\text{O} et des H+\text{H}^+ en milieu acide, ou des HO−\text{HO}^- en milieu basique) ; l'équation de la réaction redox est la somme des deux demi-équations (les électrons s'annulent).

Exemple. Le couple Fe3+/Fe2+\text{Fe}^{3+}/\text{Fe}^{2+} : la demi-équation est Fe3++e−⇌Fe2+\text{Fe}^{3+} + e^- \rightleftharpoons \text{Fe}^{2+} ; le couple MnO4−/Mn2+\text{MnO}_4^-/\text{Mn}^{2+} (en milieu acide) : MnO4−+8 H++5 e−⇌Mn2++4 H2O\text{MnO}_4^- + 8\,\text{H}^+ + 5\,e^- \rightleftharpoons \text{Mn}^{2+} + 4\,\text{H}_2\text{O} ; la réaction entre les deux est MnO4−+8 H++5 Fe2+→Mn2++5 Fe3++4 H2O\text{MnO}_4^- + 8\,\text{H}^+ + 5\,\text{Fe}^{2+} \to \text{Mn}^{2+} + 5\,\text{Fe}^{3+} + 4\,\text{H}_2\text{O} (le permanganate oxyde le fer(II) en fer(III)).

2. Potentiel de Nernst​

L'électrode standard à hydrogène (ESH). Pour que les potentiels E∘E^\circ aient un sens, il faut une référence commune. C'est le rôle de l'électrode standard à hydrogène (ESH) : une électrode inerte (platine) plongée dans une solution d'ions H+\text{H}^+ à 1 mol/L1\,\text{mol/L}, baignée de H2\text{H}_2 à 1 bar1\,\text{bar}. Le couple H+/H2\text{H}^+/\text{H}_2 y a un potentiel par convention égal à 0 V0\,\text{V} :

E∘(H+/H2)=0 V.E^\circ(\text{H}^+/\text{H}_2) = 0\,\text{V}.

Tous les potentiels standard E∘E^\circ tabulés sont des différences par rapport à cette ESH. Un E∘>0E^\circ > 0 signifie que l'oxydant du couple est plus oxydant que H+\text{H}^+ ; un E∘<0E^\circ < 0 qu'il est moins oxydant (le réducteur est plus réducteur que H2\text{H}_2). Sans cette référence, E∘E^\circ serait une grandeur absolue inobservable — l'ESH la rend relative et donc mesurable.

La constante de Faraday. Le potentiel est une énergie par unité de charge. L'énergie libérée par le transfert de nn moles d'électrons est n F En\,F\,E, où FF est la constante de Faraday : la charge d'une mole d'électrons,

F=NA⋅e=96 485 C/mol.F = N_A \cdot e = 96\,485\ \text{C/mol}.

FF relie l'échelle molaire (chimie) à l'échelle électrique (physique) : c'est elle qui apparaît dans la relation de Nernst.

La relation de Nernst. Le potentiel d'électrode EE d'un couple dépend des concentrations (ou activités) des espèces selon la relation de Nernst :

E=E∘+0,059n log⁡∏[Oxydant]stœch∏[Reˊducteur]stœch(25 °C)\boxed{E = E^\circ + \frac{0{,}059}{n}\,\log\frac{\prod [\text{Oxydant}]^{\text{stœch}}}{\prod [\text{Réducteur}]^{\text{stœch}}} \quad (25\ \mathrm{°C})}

où E∘E^\circ est le potentiel standard (mesuré quand toutes les concentrations sont 1 mol/L1\,\text{mol/L} et les gaz à 1 bar1\,\text{bar}, par rapport à l'ESH), nn le nombre d'électrons échangés ; les activités (ici les concentrations) sont levées à leurs puissances stœchiométriques dans la demi-équation du couple. Le coefficient 0,059 V0{,}059\,\text{V} vaut RTFln⁡10\dfrac{RT}{F}\ln 10 à 25 °C25\ \mathrm{°C} (R=8,31 J\cdotpmol−1\cdotpK−1R = 8{,}31\ \text{J·mol}^{-1}\text{·K}^{-1}, T=298 KT = 298\ \text{K}) : c'est la constante de Faraday qui y apparaît. Plus EE est grand, plus l'oxydant est fort (il accepte facilement les électrons) ; plus EE est petit (ou négatif), plus le réducteur est fort.

Cas 1:1. Pour un couple dont la demi-équation est Ox+n e−⇌Red\text{Ox} + n\,e^- \rightleftharpoons \text{Red} (puissances stœchiométriques toutes égales à 1), la relation se réduit à E=E∘+0,059nlog⁡[Ox][Red]E = E^\circ + \dfrac{0{,}059}{n}\log\dfrac{[\text{Ox}]}{[\text{Red}]}.

Statut — Admis (2ᵉ année). La relation de Nernst est admise en PCSI : sa dérivation complète (via l'enthalpie libre ΔG=−nFE\Delta G = -nFE et le second principe, cf. ch17/ch18) relève de la 2ᵉ année. On la reconnaît (forme générale, cas 1:1, dépendance au pH) et on la reproduit ; le coefficient 0,059=RTln⁡10/F0{,}059 = RT\ln 10/F est calculable à 25 °C25\ \mathrm{°C} (cf. Notions).

Exemple. Le couple Fe3+/Fe2+\text{Fe}^{3+}/\text{Fe}^{2+} (E∘=+0,77 VE^\circ = +0{,}77\,\text{V}) : E=0,77+0,059 log⁡[Fe3+][Fe2+]E = 0{,}77 + 0{,}059\,\log\dfrac{[\text{Fe}^{3+}]}{[\text{Fe}^{2+}]} ; si [Fe3+]=10 [Fe2+][\text{Fe}^{3+}] = 10\,[\text{Fe}^{2+}], alors E=0,77+0,059 log⁡10=0,83 VE = 0{,}77 + 0{,}059\,\log 10 = 0{,}83\,\text{V} ; le couple Zn2+/Zn\text{Zn}^{2+}/\text{Zn} (E∘=−0,76 VE^\circ = -0{,}76\,\text{V}) : le zinc est un réducteur fort (son potentiel est négatif).

Exemple avec H+\text{H}^+ (dépendance au pH). Le couple MnO4−/Mn2+\text{MnO}_4^-/\text{Mn}^{2+} (milieu acide, E∘=+1,51 VE^\circ = +1{,}51\,\text{V}) a la demi-équation MnO4−+8 H++5 e−⇌Mn2++4 H2O\text{MnO}_4^- + 8\,\text{H}^+ + 5\,e^- \rightleftharpoons \text{Mn}^{2+} + 4\,\text{H}_2\text{O}. La relation de Nernst est :

E=1,51+0,0595log⁡[MnO4−] [H+]8[Mn2+].E = 1{,}51 + \frac{0{,}059}{5}\log\frac{[\text{MnO}_4^-]\,[\text{H}^+]^8}{[\text{Mn}^{2+}]}.

Le terme [H+]8[\text{H}^+]^8 montre que le pH a un effet fort : comme pH=−log⁡[H+]\text{pH} = -\log[\text{H}^+], on a log⁡[H+]8=−8 pH\log[\text{H}^+]^8 = -8\,\text{pH}, donc

E=1,51−8×0,0595 pH+0,0595log⁡[MnO4−][Mn2+]=1,51−0,094 pH+⋯E = 1{,}51 - \frac{8 \times 0{,}059}{5}\,\text{pH} + \frac{0{,}059}{5}\log\frac{[\text{MnO}_4^-]}{[\text{Mn}^{2+}]} = 1{,}51 - 0{,}094\,\text{pH} + \cdots

Le potentiel du permanganate baisse de 0,094 V0{,}094\,\text{V} par unité de pH : le permanganate est un oxydant beaucoup plus fort en milieu acide qu'en milieu neutre ou basique (c'est pourquoi les dosages au permanganate se font en milieu acide). C'est cette dépendance au pH qui fait l'objet des diagrammes potentiel-pH (section 6).

3. Prévision du sens et constante d'équilibre​

Prévision du sens. Pour une réaction redox entre deux couples (1) et (2), la réaction spontanée est celle où le couple de plus grand potentiel accepte les électrons (il est réduit) et le couple de plus petit potentiel cède les électrons (il est oxydé) ; la force électromotrice (fem) de la pile est :

Efem=Ecathode−Eanode=Edroit−EgaucheE_{\text{fem}} = E_{\text{cathode}} - E_{\text{anode}} = E_{\text{droit}} - E_{\text{gauche}}

(le sens est spontané si Efem>0E_{\text{fem}} > 0).

Constante d'équilibre. À l'équilibre, Efem=0E_{\text{fem}} = 0 ; la constante d'équilibre KK est liée à la fem standard Efem∘E^\circ_{\text{fem}} par :

log⁡K=n Efem∘0,059(25 °C)\boxed{\log K = \frac{n\,E^\circ_{\text{fem}}}{0{,}059} \quad (25\ \mathrm{°C})}

où nn est le nombre d'électrons échangés et Efem∘=Edroit∘−Egauche∘E^\circ_{\text{fem}} = E^\circ_{\text{droit}} - E^\circ_{\text{gauche}} ; plus Efem∘E^\circ_{\text{fem}} est grand, plus KK est grand (la réaction est plus totale).

Dérivation complète (à savoir refaire). On part de la relation de Nernst appliquée à la réaction globale. Pour la réaction redox Ox1+Red2⇌Red1+Ox2\text{Ox}_1 + \text{Red}_2 \rightleftharpoons \text{Red}_1 + \text{Ox}_2 (avec nn électrons échangés), la fem est la différence des deux potentiels d'électrode :

Efem=E1−E2=(E1∘+0,059nlog⁡[Ox1][Red1])−(E2∘+0,059nlog⁡[Ox2][Red2]).E_{\text{fem}} = E_1 - E_2 = \left(E_1^\circ + \frac{0{,}059}{n}\log\frac{[\text{Ox}_1]}{[\text{Red}_1]}\right) - \left(E_2^\circ + \frac{0{,}059}{n}\log\frac{[\text{Ox}_2]}{[\text{Red}_2]}\right).

En regroupant :

Efem=Efem∘+0,059nlog⁡[Ox1][Red2][Red1][Ox2]=Efem∘+0,059nlog⁡Qr,E_{\text{fem}} = E^\circ_{\text{fem}} + \frac{0{,}059}{n}\log\frac{[\text{Ox}_1][\text{Red}_2]}{[\text{Red}_1][\text{Ox}_2]} = E^\circ_{\text{fem}} + \frac{0{,}059}{n}\log Q_r,

où QrQ_r est le quotient de réaction (cf. C1.1). À l'équilibre, Efem=0E_{\text{fem}} = 0 et Qr=KQ_r = K :

0=Efem∘+0,059nlog⁡K⟹log⁡K=n Efem∘0,059.0 = E^\circ_{\text{fem}} + \frac{0{,}059}{n}\log K \quad\Longrightarrow\quad \log K = \frac{n\,E^\circ_{\text{fem}}}{0{,}059}.

C'est l'analogue redox de la relation ΔrG∘=−RTln⁡K\Delta_r G^\circ = -RT\ln K : ici l'énergie libre standard est ΔrG∘=−nFEfem∘\Delta_r G^\circ = -nFE^\circ_{\text{fem}} (la constante de Faraday FF convertit la fem en énergie molaire), et log⁡K=nFEfem∘RTln⁡10=n Efem∘0,059\log K = \dfrac{nFE^\circ_{\text{fem}}}{RT\ln 10} = \dfrac{n\,E^\circ_{\text{fem}}}{0{,}059} à 25 °C25\ \mathrm{°C}.

Exemple. La réaction Zn+Cu2+→Zn2++Cu\text{Zn} + \text{Cu}^{2+} \to \text{Zn}^{2+} + \text{Cu} : Efem∘=E∘(Cu2+/Cu)−E∘(Zn2+/Zn)=+0,34−(−0,76)=+1,10 VE^\circ_{\text{fem}} = E^\circ(\text{Cu}^{2+}/\text{Cu}) - E^\circ(\text{Zn}^{2+}/\text{Zn}) = +0{,}34 - (-0{,}76) = +1{,}10\,\text{V} ; n=2n = 2 ; log⁡K=2×1,100,059≈37,3\log K = \dfrac{2 \times 1{,}10}{0{,}059} \approx 37{,}3 ; K≈1037K \approx 10^{37} (la réaction est quasi totale).

4. Piles​

Une pile est un dispositif qui produit un courant électrique à partir d'une réaction redox spontanée ; elle est formée de deux électrodes (une anode — oxydation — et une cathode — réduction) immersées dans des solutions contenant les couples correspondants, reliées par un pont salin (qui maintient la neutralité électrique) et un fil conducteur.

Fem et polarité. La force électromotrice (fem) est la différence de potentiel entre les deux électrodes : Efem=Ecathode−EanodeE_{\text{fem}} = E_{\text{cathode}} - E_{\text{anode}} ; la cathode (où se produit la réduction) est positive ; l'anode (où se produit l'oxydation) est négative ; les électrons circulent de l'anode vers la cathode dans le fil extérieur (et les ions dans la solution).

Capacité. La capacité d'une pile est la charge totale QQ qu'elle peut fournir avant d'être épuisée ; elle dépend de la quantité de réactifs (la capacité est proportionnelle à la masse des électrodes) ; la fem ne dépend pas de la quantité de réactifs (elle dépend des concentrations et de la température).

Exemple. La pile Daniell (Zn∣Zn2+∣∣Cu2+∣Cu\text{Zn}|\text{Zn}^{2+}||\text{Cu}^{2+}|\text{Cu}) : l'anode est le zinc (Zn→Zn2++2e−\text{Zn} \to \text{Zn}^{2+} + 2e^-) ; la cathode est le cuivre (Cu2++2e−→Cu\text{Cu}^{2+} + 2e^- \to \text{Cu}) ; Efem=0,34−(−0,76)=1,10 VE_{\text{fem}} = 0{,}34 - (-0{,}76) = 1{,}10\,\text{V} ; les électrons circulent du zinc vers le cuivre ; la cathode (cuivre) est positive et l'anode (zinc) est négative.

5. Titrages redox​

Un titrage redox consiste à ajouter progressivement un oxydant (ou un réducteur) de concentration connue à une solution contenant un réducteur (ou un oxydant) de concentration inconnue ; on suit le potentiel (ou la conductance) en fonction du volume de titrant ; le point d'équivalence est le point où la quantité de titrant est stœchiométriquement égale à la quantité de titré ; la courbe de titrage (potentiel en fonction du volume) a une rupture brusque à l'équivalence ; on peut utiliser un indicateur redox (par exemple la ferroïne ou la diphénylamine sulfonée) ou un indicateur auto-coloré (le permanganate MnO4−\text{MnO}_4^- est rose et le Mn2+\text{Mn}^{2+} est incolore : le virage est rose). Le dichromate Cr2O72−/Cr3+\text{Cr}_2\text{O}_7^{2-}/\text{Cr}^{3+} est un oxydant titrant (pas un indicateur).

Exemple. Le dosage du fer(II) par le permanganate : on ajoute du MnO4−\text{MnO}_4^- (rose) à une solution de Fe2+\text{Fe}^{2+} (incolore) ; la réaction est MnO4−+8 H++5 Fe2+→Mn2++5 Fe3++4 H2O\text{MnO}_4^- + 8\,\text{H}^+ + 5\,\text{Fe}^{2+} \to \text{Mn}^{2+} + 5\,\text{Fe}^{3+} + 4\,\text{H}_2\text{O} ; le point d'équivalence est le point où la solution devient rose (le MnO4−\text{MnO}_4^- excès colore la solution) ; la stœchiométrie est 1 MnO4−:5 Fe2+1\,\text{MnO}_4^- : 5\,\text{Fe}^{2+}.

6. Diagrammes potentiel-pH​

Un diagramme potentiel-pH (ou diagramme de Pourbaix) représente le potentiel EE en fonction du pH ; il divise le plan (E,pH)(E, \text{pH}) en domaines de stabilité des différentes formes d'un élément (par exemple Fe2+\text{Fe}^{2+}, Fe3+\text{Fe}^{3+}, Fe\text{Fe}, Fe(OH)2\text{Fe(OH)}_2, Fe(OH)3\text{Fe(OH)}_3, Fe2O3\text{Fe}_2\text{O}_3) ; les frontières entre les domaines sont les droites de Nernst (qui dépendent du pH si le couple implique des H+\text{H}^+ ou des HO−\text{HO}^-) ; le diagramme permet de prévoir la forme prédominante d'un élément à un (E,pH)(E, \text{pH}) donné (par exemple le fer est stable en métal à bas potentiel et bas pH, en Fe2+\text{Fe}^{2+} à moyen potentiel, en Fe3+\text{Fe}^{3+} ou Fe(OH)3\text{Fe(OH)}_3 à haut potentiel).

Lecture. Pour lire un diagramme : on localise le point (E,pH)(E, \text{pH}) ; on identifie le domaine où il se trouve ; la forme prédominante est celle du domaine ; si le point est sur une frontière, les deux formes adjacentes sont en équilibre (elles sont présentes à parts égales).

Exemple. Le diagramme du fer : à pH=7\text{pH} = 7 et E=−0,4 VE = -0{,}4\,\text{V}, le fer est stable en métal (Fe\text{Fe}) ; à pH=7\text{pH} = 7 et E=+0,2 VE = +0{,}2\,\text{V}, il est stable en Fe2+\text{Fe}^{2+} (ou Fe(OH)2\text{Fe(OH)}_2 si le pH est plus élevé) ; à pH=7\text{pH} = 7 et E=+0,8 VE = +0{,}8\,\text{V}, il est stable en Fe(OH)3\text{Fe(OH)}_3 (le fer(III) précipite à pH neutre) ; le diagramme explique la corrosion du fer (le fer s'oxyde en Fe2+\text{Fe}^{2+} puis en Fe(OH)3\text{Fe(OH)}_3 — la rouille).

Frontière calculée (à savoir refaire). Prenons le couple Fe2+/Fe\text{Fe}^{2+}/\text{Fe} (E∘=−0,44 VE^\circ = -0{,}44\,\text{V}), demi-équation Fe2++2 e−⇌Fe\text{Fe}^{2+} + 2\,e^- \rightleftharpoons \text{Fe}. Comme il n'implique pas de H+\text{H}^+, la relation de Nernst est E=−0,44+0,0592log⁡[Fe2+]E = -0{,}44 + \dfrac{0{,}059}{2}\log[\text{Fe}^{2+}]. La frontière entre le domaine Fe2+\text{Fe}^{2+} et le domaine Fe\text{Fe} est la droite où E=E(Fe2+/Fe)E = E(\text{Fe}^{2+}/\text{Fe}) : pour [Fe2+]=10−2 mol/L[\text{Fe}^{2+}] = 10^{-2}\,\text{mol/L} (concentration « faible »),

E=−0,44+0,0592log⁡(10−2)=−0,44−0,059=−0,50 V.E = -0{,}44 + \frac{0{,}059}{2}\log(10^{-2}) = -0{,}44 - 0{,}059 = -0{,}50\,\text{V}.

Cette frontière est horizontale (indépendante du pH, car pas de H+\text{H}^+) à E=−0,50 VE = -0{,}50\,\text{V} : en dessous, le fer métallique est stable ; au-dessus, le Fe2+\text{Fe}^{2+} l'est. En revanche, le couple O2/H2O\text{O}_2/\text{H}_2\text{O} (O2+4 H++4 e−⇌2 H2O\text{O}_2 + 4\,\text{H}^+ + 4\,e^- \rightleftharpoons 2\,\text{H}_2\text{O}, E∘=+1,23 VE^\circ = +1{,}23\,\text{V}) implique des H+\text{H}^+, donc sa frontière dépend du pH :

E=1,23−4×0,0594 pH=1,23−0,059 pH(aˋ pO2=1 bar).E = 1{,}23 - \frac{4 \times 0{,}059}{4}\,\text{pH} = 1{,}23 - 0{,}059\,\text{pH} \quad (\text{à } p_{\text{O}_2} = 1\,\text{bar}).

Cette frontière est descendante (pente −0,059 V/pH-0{,}059\,\text{V/pH}) : c'est la limite de stabilité de l'eau par oxydation. Au-dessus de cette droite, l'eau est oxydée (libération de O2\text{O}_2). C'est en croisant ce type de droites avec celles des couples de l'élément qu'on construit le diagramme E-pH et qu'on prédit la forme stable à un (E,pH)(E, \text{pH}) donné.

Capacités exigibles​

  • C3.3.nernst — Calculer une constante d'équilibre redox : écrire les deux demi-équations et l'équation de la réaction redox ; identifier les deux couples et leurs potentiels standard E∘E^\circ ; calculer la fem standard Efem∘=Edroit∘−Egauche∘E^\circ_{\text{fem}} = E^\circ_{\text{droit}} - E^\circ_{\text{gauche}} (le couple de plus grand E∘E^\circ est réduit à la cathode (droite), l'autre est oxydé à l'anode (gauche)) ; compter le nombre d'électrons nn échangés ; appliquer la formule log⁡K=n Efem∘0,059\log K = \dfrac{n\,E^\circ_{\text{fem}}}{0{,}059} ; en déduire KK et conclure sur le caractère de la réaction (K≫1K \gg 1 : quasi totale ; K≪1K \ll 1 : quasi nulle) ; utiliser la relation de Nernst E=E∘+0,059nlog⁡∏[Oxydant]stœch∏[Reˊducteur]stœchE = E^\circ + \dfrac{0{,}059}{n}\log\dfrac{\prod [\text{Oxydant}]^{\text{stœch}}}{\prod [\text{Réducteur}]^{\text{stœch}}} (cas 1:1 : E=E∘+0,059nlog⁡[Oxydant][Reˊducteur])E = E^\circ + \dfrac{0{,}059}{n}\log\dfrac{[\text{Oxydant}]}{[\text{Réducteur}]}) pour calculer le potentiel d'un couple à des concentrations données.

Ce qui tombe en colle et en DS​

calculer une constante d'équilibre redox à partir des potentiels standard.

Pièges classiques​

  • Sens de la réaction : E° le plus grand est réduit : dans une réaction redox spontanée, le couple de plus grand potentiel standard E∘E^\circ accepte les électrons (il est réduit à la cathode) ; le couple de plus petit E∘E^\circ cède les électrons (il est oxydé à l'anode) ; il ne faut pas inverser le sens (sinon on calcule la mauvaise Efem∘E^\circ_{\text{fem}}) ; Efem∘=Ecathode∘−Eanode∘E^\circ_{\text{fem}} = E^\circ_{\text{cathode}} - E^\circ_{\text{anode}} (le plus grand moins le plus petit).
  • Nombre d'électrons n : le nombre d'électrons nn est le nombre échangé dans la réaction globale (pas dans une demi-équation seule) ; il ne faut pas oublier de rééquilibrer les demi-équations (les électrons doivent s'annuler) ; par exemple MnO4−+5e−→Mn2+\text{MnO}_4^- + 5e^- \to \text{Mn}^{2+} et Fe2+→Fe3++e−\text{Fe}^{2+} \to \text{Fe}^{3+} + e^- : il faut multiplier la seconde par 5 (les électrons s'annulent) ; n=5n = 5.
  • 0,059 : 25 °C : la constante 0,059 V0{,}059\,\text{V} est valide à 25 °C25\ \mathrm{°C} (elle dépend de la température : 0,059=RTFln⁡100{,}059 = \dfrac{RT}{F}\ln 10) ; il ne faut pas l'utiliser à une autre température (sinon on calcule la mauvaise constante) ; à TT différente, on utilise RTnFln⁡10\dfrac{RT}{nF}\ln 10.
  • E° standard : concentrations 1 mol/L : le potentiel standard E∘E^\circ est mesuré quand toutes les concentrations sont 1 mol/L1\,\text{mol/L} (et les gaz à 1 bar1\,\text{bar}) ; il ne faut pas confondre E∘E^\circ (standard) et EE (à des concentrations quelconques) ; la relation de Nernst relie les deux : E=E∘+0,059nlog⁡∏[Oxydant]stœch∏[Reˊducteur]stœchE = E^\circ + \dfrac{0{,}059}{n}\log\dfrac{\prod [\text{Oxydant}]^{\text{stœch}}}{\prod [\text{Réducteur}]^{\text{stœch}}} (cas 1:1 : [Oxydant][Reˊducteur]\dfrac{[\text{Oxydant}]}{[\text{Réducteur}]}).
  • Pile : cathode positive : dans une pile (réaction spontanée), la cathode (où se produit la réduction) est positive et l'anode (où se produit l'oxydation) est négative ; il ne faut pas confondre avec une électrolyse (réaction forcée) où la cathode est négative ; les électrons circulent de l'anode (négative) vers la cathode (positive) dans le fil extérieur.
  • Fem : ne dépend pas de la quantité : la fem ne dépend pas de la quantité de réactifs (elle dépend des concentrations et de la température) ; il ne faut pas supposer que la fem diminue quand la pile se décharge (sinon on confond la fem et la capacité) ; la fem diminue légèrement quand les concentrations changent (via Nernst) mais pas parce que la quantité diminue.
  • Diagramme potentiel-pH : domaine de stabilité : le domaine de stabilité d'une forme est le domaine où elle est la plus stable (le potentiel de réduction de cette forme est le plus grand) ; il ne faut pas supposer que la forme prédominante est celle au centre du diagramme (sinon on lit le mauvais domaine) ; la forme prédominante est celle du domaine où se trouve le point (E,pH)(E, \text{pH}).

Graphe de référence​

Constante d'équilibre KK (en logarithme, log⁡K\log K) d'une réaction redox en fonction de la fem standard Efem∘E^\circ_{\text{fem}} (pour n=2n = 2) : log⁡K=2 Efem∘0,059≈33,9 Efem∘\log K = \dfrac{2\,E^\circ_{\text{fem}}}{0{,}059} \approx 33{,}9\,E^\circ_{\text{fem}}. La courbe est linéaire : pour Efem∘=0,1 VE^\circ_{\text{fem}} = 0{,}1\,\text{V}, log⁡K≈3,4\log K \approx 3{,}4 (K≈103,4K \approx 10^{3{,}4}) ; pour Efem∘=0,5 VE^\circ_{\text{fem}} = 0{,}5\,\text{V}, log⁡K≈17\log K \approx 17 (K≈1017K \approx 10^{17}) ; pour Efem∘=1,0 VE^\circ_{\text{fem}} = 1{,}0\,\text{V}, log⁡K≈34\log K \approx 34 (K≈1034K \approx 10^{34}) ; pour Efem∘=1,1 VE^\circ_{\text{fem}} = 1{,}1\,\text{V}, log⁡K≈37\log K \approx 37 (K≈1037K \approx 10^{37}, la pile Daniell). Plus Efem∘E^\circ_{\text{fem}} est grand, plus KK est grand (la réaction est plus totale).

log K d'une réaction redox en fonction de E°fem (n=2)

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP Chimie PC/PSI (parties cinétique et redox).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.