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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

S2 — Modélisation cinématique des mécanismes

Objectif du chapitre. Modéliser cinématiquement un mécanisme : définir les repères et les solides indéformables, paramétrer le mécanisme (degrés de liberté), identifier les liaisons normalisées (pivot, glissière, hélicoïdale, rotule, appui plan, etc.), construire le schéma cinématique et le graphe des liaisons, écrire le torseur cinématique (composition des vitesses), et établir la loi entrée-sortie d'un mécanisme (bielle-manivelle, vis-écrou, réducteur). L'objectif est de savoir établir une loi entrée-sortie (et la vérifier numériquement) : c'est l'exercice type du chapitre.

Notions​

1. Repères et solides indéformables​

Un mécanisme est un ensemble de solides (pièces) en mouvement les uns par rapport aux autres. Chaque solide est modélisé comme un solide indéformable (rigide) : la distance entre deux points du solide est constante (pas de déformation).

Repère. Un repère (ou référentiel) est un solide de référence avec une origine et une base orthonormée ; les positions, vitesses et accélérations sont exprimées par rapport à un repère. Le repère de la pièce (ou repère solidaire) est attaché à un solide (il se déplace avec lui) ; le repère de l'entrée (ou fixe) est attaché à la base du mécanisme.

Paramétrage. Le paramétrage d'un mécanisme est l'ensemble des variables (angles, translations) qui décrivent la configuration du mécanisme ; le nombre de degrés de liberté (mobilité) est le nombre de paramètres indépendants nécessaires pour décrire la configuration.

Exemple. Un bielle-manivelle a 1 degré de liberté (l'angle de la manivelle) : la position de la bielle et du piston est déterminée par l'angle de la manivelle (pas de paramètre indépendant supplémentaire).

2. Liaisons normalisées​

Une liaison est une contrainte de mouvement entre deux solides (elle limite les degrés de liberté relatifs). Les liaisons normalisées (types usuels) :

LiaisonDOF relatifsExemple
Pivot1 (rotation)charnière, roue sur axe
Glissière1 (translation)piston dans cylindre, tiroir
Hélicoïdale1 (vis)vis-écrou, molette
Rotule3 (rotations)rotule de suspension, balle
Appui plan3 (2 trans + 1 rot)bloc sur plan, roulette
Pivot glissant2 (rot + trans)porte coulissante sur axe
Sphère-cylindre4 (1 trans axiale + 3 rotations)linéaire annulaire (sphère dans guide)
Sphère-plan5 (2 translations + 3 rotations)ponctuelle (balle sur plan)

DOF (degrés de liberté) relatifs : le nombre de mouvements autorisés par la liaison (ex. pivot : 1 rotation ; glissière : 1 translation ; rotule : 3 rotations). Le complément (6 − DOF) est le nombre de contraintes (mouvements interdits).

Exemple. Une roue sur un axe (pivot) a 1 DOF relatif (rotation autour de l'axe) ; une balle dans une rotule a 3 DOF relatifs (rotations autour de 3 axes) ; un piston dans un cylindre (glissière) a 1 DOF relatif (translation le long de l'axe).

3. Schéma cinématique et graphe des liaisons​

Le schéma cinématique est la représentation graphique du mécanisme, où chaque solide est schématisé (symbole) et chaque liaison est représentée (symbole de liaison). C'est l'outil pour visualiser la structure du mécanisme (les solides et les liaisons).

Graphe des liaisons. Le graphe des liaisons est un graphe où les nœuds sont les solides et les arêtes sont les liaisons (entre deux solides). Il permet de visualiser la topologie du mécanisme (les chaînes de solides et de liaisons).

Chaînes ouvertes et fermées.

  • Chaîne ouverte : les solides sont connectés en arbre (pas de boucle) ; le mouvement se propage de la base aux extrémités (ex. bras robotique, 5 segments).
  • Chaîne fermée : les solides forment une boucle (ex. bielle-manivelle : 4 solides en boucle) ; la fermeture de la boucle contraint le mouvement (il y a une loi de fermeture).

Le produit vectoriel u⃗×v⃗\vec{u} \times \vec{v} est défini dans l'annexe Outils mathématiques.

Exemple (bielle-manivelle). La boucle est : base → manivelle → bielle → piston → base (4 solides, 4 liaisons : pivot, pivot, glissière, pivot). La fermeture de la boucle impose une relation entre les angles (loi entrée-sortie, section 6).

Bielle-manivelle — schéma cinématique

4. Torseur cinématique​

Le torseur cinématique d'un solide (S)(S) par rapport à un repère (R)(R) est le couple (v⃗A,ω⃗)(\vec{v}_A, \vec{\omega}) :

{V(S/R)}={ω⃗(vitesse angulaire)v⃗A(vitesse du point A)\{ \mathcal{V}(S/R) \} = \begin{cases} \vec{\omega} & \text{(vitesse angulaire)} \\ \vec{v}_A & \text{(vitesse du point } A\text{)} \end{cases}

où ω⃗\vec{\omega} est la vitesse angulaire (rotation) et v⃗A\vec{v}_A la vitesse d'un point AA du solide. Le torseur est un objet opérationnel : on ne l'interprète pas comme une grandeur physique unique, on l'utilise pour calculer la vitesse de tout point du solide (le point AA est choisi pour la convenance du calcul — le résultat v⃗B\vec{v}_B ne dépend pas de ce choix). C'est l'équivalent d'un vecteur pour les rotations : un objet qui s'ajoute et se compose de façon pratique (on compose les torseurs boucle par boucle pour traverser un mécanisme).

Champ des vitesses d'un solide. La vitesse d'un point BB du solide est liée à celle d'un point AA par :

v⃗B=v⃗A+ω⃗×AB⃗.\vec{v}_B = \vec{v}_A + \vec{\omega} \times \vec{AB}.

C'est le champ des vitesses d'un solide (formule de Varignon) : toutes les vitesses des points du solide sont déterminées par v⃗A\vec{v}_A et ω⃗\vec{\omega}. Pour un solide en rotation autour d'un axe fixe (vitesse angulaire ω⃗\vec{\omega}), la vitesse d'un point à distance rr de l'axe est v=ωrv = \omega r (tangentielle).

Exemple. Une roue de rayon R=0,3 mR = 0{,}3\,\text{m} tourne à ω=10 rad/s\omega = 10\,\text{rad/s} : la vitesse d'un point de la jante est v=ωR=3 m/sv = \omega R = 3\,\text{m/s} (tangentielle) ; la vitesse du centre est 00 (point immobile).

5. Mobilité et hyperstatisme (notion)​

La mobilité (ou degrés de liberté) d'un mécanisme est le nombre de paramètres indépendants nécessaires pour décrire la configuration ; elle est calculée par la formule de Kutzbach (en plan, 2D) :

M=3(n−1)−2j1−j2,M = 3(n - 1) - 2j_1 - j_2,

où nn est le nombre de solides y compris le bâti (la pièce fixe), j1j_1 le nombre de liaisons à 1 DOF (pivot, glissière) et j2j_2 le nombre de liaisons à 2 DOF (rotule en plan, appui plan). Chaque solide libre a 3 DOF en plan (2 translations + 1 rotation) ; le bâti en a 0 (d'où n−1n-1) ; chaque liaison à 1 DOF supprime 2 contraintes, chaque liaison à 2 DOF supprime 1 contrainte.

Hyperstatisme. Un mécanisme est hyperstatique si le nombre de contraintes excède le nombre de degrés de liberté (il y a plus de contraintes que nécessaire) : le mécanisme est sur-contraint (il peut être bloqué ou endommagé par les contraintes). L'hyperstatisme est le nombre de contraintes redondantes (contraintes inutiles) ; il est nul pour un mécanisme isostatique.

Exemple. Un bielle-manivelle (4 solides y compris le bâti, donc n=4n = 4 ; 4 liaisons à 1 DOF, donc j1=4j_1 = 4 ; j2=0j_2 = 0) : M=3(4−1)−2×4−0=9−8=1M = 3(4 - 1) - 2 \times 4 - 0 = 9 - 8 = 1 exactement (le mécanisme a bien 1 degré de liberté, l'angle de la manivelle). La formule donne la mobilité exacte (pas une estimation) dès que nn compte le bâti et que chaque liaison est comptée selon son nombre de DOF.

6. Loi entrée-sortie​

La loi entrée-sortie d'un mécanisme est la relation entre la variable d'entrée (mouvement imposé) et la variable de sortie (mouvement résultant). Elle est établie par la fermeture géométrique (contrainte de position) ou cinématique (contrainte de vitesse) de la boucle.

Bielle-manivelle. Soit rr la longueur de la manivelle, ll la longueur de la bielle, θ\theta l'angle de la manivelle (entrée) et xx la position du piston (sortie). La fermeture géométrique (projection sur l'axe) donne :

x=rcos⁡θ+l2−r2sin⁡2θ.x = r\cos\theta + \sqrt{l^2 - r^2 \sin^2\theta}.

Exemple numérique. r=0,1 mr = 0{,}1\,\text{m}, l=0,4 ml = 0{,}4\,\text{m} : pour θ=0\theta = 0, x=0,1+0,4=0,5 mx = 0{,}1 + 0{,}4 = 0{,}5\,\text{m} (piston au point mort haut) ; pour θ=π/2\theta = \pi/2, x=0+0,16−0,01=0,387 mx = 0 + \sqrt{0{,}16 - 0{,}01} = 0{,}387\,\text{m} ; pour θ=π\theta = \pi, x=−0,1+0,4=0,3 mx = -0{,}1 + 0{,}4 = 0{,}3\,\text{m} (piston au point mort bas). La course du piston est xmax⁡−xmin⁡=0,5−0,3=0,2 m=2rx_{\max} - x_{\min} = 0{,}5 - 0{,}3 = 0{,}2\,\text{m} = 2r (égale au diamètre de la manivelle).

Vis-écrou. Soit pp le pas de la vis, NN le nombre de tours (entrée) et dd la translation (sortie). La loi entrée-sortie est d=N⋅pd = N \cdot p (translation proportionnelle au nombre de tours). Exemple : p=5 mmp = 5\,\text{mm}, N=10N = 10 tours : d=50 mmd = 50\,\text{mm} (l'écrou se déplace de 50 mm50\,\text{mm}). La vitesse de translation est v=p⋅ω/(2π)v = p \cdot \omega/(2\pi) (avec ω\omega la vitesse angulaire de la vis) ; pour ω=100 rad/s\omega = 100\,\text{rad/s}, v=5×10−3×100/(2π)=79,6 mm/sv = 5 \times 10^{-3} \times 100/(2\pi) = 79{,}6\,\text{mm/s}.

Réducteur à engrenages. Soit Z1Z_1 et Z2Z_2 le nombre de dents des deux engrenages, ω1\omega_1 la vitesse de l'engrenage moteur (entrée) et ω2\omega_2 la vitesse de l'engrenage mené (sortie). La loi entrée-sortie est

ω2ω1=−Z1Z2\frac{\omega_2}{\omega_1} = -\frac{Z_1}{Z_2}

(le signe moins indique l'inversion du sens de rotation). Exemple : Z1=20Z_1 = 20, Z2=60Z_2 = 60, ω1=100 rad/s\omega_1 = 100\,\text{rad/s} : ω2=−100×20/60=−33,3 rad/s\omega_2 = -100 \times 20/60 = -33{,}3\,\text{rad/s} (le réducteur divise la vitesse par 33 et inverse le sens ; il multiplie le couple par 33).

Vérification numérique. Pour vérifier une loi entrée-sortie, on calcule la sortie pour plusieurs valeurs de l'entrée et on compare avec la mesure (ou la simulation) ; la cohérence (écart faible) valide la loi. Exemple : pour la bielle-manivelle, on calcule xx pour θ=0,π/2,π\theta = 0, \pi/2, \pi et on vérifie que la course est bien 2r2r (cohérence géométrique).

Capacités exigibles​

  • S2.loi-entree-sortie — Établir une loi entrée-sortie d'un mécanisme : identifier la variable d'entrée (mouvement imposé) et la variable de sortie (mouvement résultant), établir la fermeture géométrique (contrainte de position) ou cinématique (contrainte de vitesse) de la boucle, et vérifier la loi numériquement (calculer la sortie pour plusieurs valeurs de l'entrée, comparer avec la mesure/simulation).

Ce qui tombe en colle et en DS​

établir une loi entrée-sortie (bielle-manivelle, système vis-écrou, réducteur à engrenages) et la vérifier numériquement.

Pièges classiques​

  • Confondre mobilité et hyperstatisme : la mobilité est le nombre de degrés de liberté (mouvements autorisés) ; l'hyperstatisme est le nombre de contraintes redondantes (contraintes inutiles) ; il ne faut pas confondre les deux (un mécanisme hyperstatique a plus de contraintes que nécessaire).
  • Liaisons : DOF relatifs : le nombre de DOF d'une liaison est le nombre de mouvements autorisés (ex. pivot : 1, glissière : 1, rotule : 3) ; le complément (6 − DOF) est le nombre de contraintes ; il ne faut pas confondre les DOF (mouvements) et les contraintes (mouvements interdits).
  • Bielle-manivelle : course = 2r : la course du piston est égale au diamètre de la manivelle (2r2r) ; il ne faut pas confondre la course (2r2r) et la longueur de la bielle (ll) ; la bielle doit être plus longue que la manivelle (l>rl > r) pour que le mécanisme fonctionne (sinon il est bloqué).
  • Réducteur : signe moins : la loi ω2/ω1=−Z1/Z2\omega_2/\omega_1 = -Z_1/Z_2 a un signe moins (l'engrenage mené tourne dans le sens opposé) ; il ne faut pas oublier le signe (sinon on prédit un même sens, faux) ; le module du rapport est Z1/Z2Z_1/Z_2 (le réducteur divise la vitesse par Z2/Z1Z_2/Z_1).
  • Vis-écrou : d=Npd = Np : la translation est proportionnelle au nombre de tours (d=Npd = Np) ; il ne faut pas confondre le pas pp (translation par tour) et le diamètre de la vis ; la vitesse est v=pω/(2π)v = p\omega/(2\pi) (pas pωp\omega).
  • Torseur cinématique : composition : la vitesse d'un point BB est v⃗B=v⃗A+ω⃗×AB⃗\vec{v}_B = \vec{v}_A + \vec{\omega} \times \vec{AB} ; il ne faut pas oublier le terme ω⃗×AB⃗\vec{\omega} \times \vec{AB} (la rotation du solide) ; pour un point sur l'axe de rotation, v⃗=0\vec{v} = 0 (point immobile).

Graphe de référence​

Position x(θ)x(\theta) du piston d'un bielle-manivelle (r=0,1 mr = 0{,}1\,\text{m}, l=0,4 ml = 0{,}4\,\text{m}) en fonction de l'angle de la manivelle θ\theta : x=rcos⁡θ+l2−r2sin⁡2θx = r\cos\theta + \sqrt{l^2 - r^2\sin^2\theta}. La courbe est périodique (période 2π2\pi) : xx est maximale à θ=0\theta = 0 (x=0,5 mx = 0{,}5\,\text{m}, point mort haut) et minimale à θ=π\theta = \pi (x=0,3 mx = 0{,}3\,\text{m}, point mort bas) ; la course est 0,2 m=2r0{,}2\,\text{m} = 2r (égale au diamètre de la manivelle).

Position du piston d'un bielle-manivelle (r=0,1m, l=0,4m)

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : e3a S2I PSI, CCINP S2I PSI — parties « modélisation » et « asservissement » ; sujets UPSTI PCSI.

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.