S5 — Systèmes linéaires continus invariants (SLCI) — 1re partie
Objectif du chapitre. Modéliser et analyser les systèmes asservis : le schéma-bloc (boucle ouverte / boucle fermée), la transformée de Laplace et la fonction de transfert (gain statique, ordre, classe, pôles), les réponses temporelles des systèmes du 1er ordre (, temps de réponse à 5 %) et du 2e ordre (, , dépassement, régime pseudo-périodique), l'identification à partir d'une réponse expérimentale, et la réponse harmonique avec le diagramme de Bode asymptotique. L'objectif est de savoir lire ou sur une courbe et remonter à la fonction de transfert : c'est l'exercice type du chapitre.
Notions
1. Schéma-bloc et boucle fermée
Un système asservi est un système qui commande une grandeur de sortie pour qu'elle suive une consigne . Le schéma-bloc représente le système par des blocs (chaque bloc = une fonction de transfert) reliés par des liaisons (flèches) et des sommateurs (nœuds de somme / différence).
- Boucle ouverte : la sortie n'est pas renvoyée vers l'entrée ; le système est simple mais peu précis (il ne corrige pas ses erreurs).
- Boucle fermée (asservissement) : la sortie est mesurée par un capteur et renvoyée (rétroaction) pour corriger l'erreur ; le système est plus précis et robuste aux perturbations.
Fonction de transfert en boucle fermée. Si le bloc de direct est et le bloc de rétroaction est , la fonction de transfert en boucle fermée est (formule de Black) :
Statut — Outil admis (M4). La transformée de Laplace est un outil de calcul admis en PCSI : elle transforme une équation différentielle en une équation algébrique en (les dérivées deviennent des multiplications par , cf. M4). La formule de Black ci-dessus s'obtient par simplification du schéma-bloc (boucle fermée) et est à savoir refaire : elle est l'analogue en automatique de la réduction d'un circuit.
Le numérateur est le direct ; le dénominateur est la fonction caractéristique (ses racines = les pôles en boucle fermée). Pour une rétroaction unitaire (), .
Exemple. Un asservissement de position : le direct est (un intégrateur de gain ) et la rétroaction est ; la fonction de transfert en boucle fermée est (un 1er ordre de constante de temps ).
2. Transformée de Laplace et fonction de transfert
La transformée de Laplace associe à une fonction une fonction (variable complexe ) :
Propriétés essentielles (à connaître par cœur) :
| Propriété | Expression |
|---|---|
| Linéarité | |
| Dérivation | |
| Intégration | |
| Décalage | |
| Produit par | |
| Valeur finale | (si a une limite et si tous les pôles de sont en partie réelle négative) |
Tableau de base : ; ; ; .
Fonction de transfert. Pour un SLCI (système linéaire, continu, invariant dans le temps), la fonction de transfert est le rapport de la transformée de la sortie à celle de l'entrée (à conditions initiales nulles) :
- Ordre : le degré du dénominateur (nombre de pôles) ; un 1er ordre a 1 pôle, un 2e ordre en a 2.
- Classe : le nombre de pôles à l'origine (nombre de en facteur au dénominateur) ; un intégrateur est de classe 1.
- Gain statique : (la sortie en régime permanent pour une consigne constant).
- Pôles : les racines du dénominateur ; ils déterminent la stabilité (un pôle en partie réelle positive = système instable) et la dynamique.
Exemple. : ordre 2 (dénominateur ), classe 1 (un pôle à l'origine), pas de gain statique fini (classe 1 : , un intégrateur), pôles et .
Exemple ED → H(p) (à savoir refaire). Soit le circuit RC (chapitre P1.6) d'équation différentielle (sortie , consigne , ). En Laplace (conditions initiales nulles, ) : , soit . D'où la fonction de transfert (un 1er ordre, pôle en , gain statique ). C'est l'opération type : l'ED devient une équation algébrique en , et s'obtient par simplification.
3. Réponse du 1er ordre
Un système du 1er ordre a pour fonction de transfert (forme canonique) :
où est le gain statique et la constante de temps (en secondes).
Réponse à l'échelon. La fonction échelon de Heaviside (ou échelon unité) est pour et pour ; c'est le signal de test standard (on impose une consigne brusque et on observe la sortie) ; sa transformée de Laplace est (c'est ce qui simplifie le calcul : la sortie en domaine de Laplace est , puis on retrouve par transformation inverse). Pour une consigne (un échelon d'amplitude ), la sortie est :
- Temps de réponse à 5 % : le temps pour lequel la sortie atteint et reste dans la bande de la valeur finale ; pour un 1er ordre, (car ).
- Valeur finale : (le gain statique multiplié par la consigne).
- Début : la sortie part de avec une pente ; elle atteint la valeur finale en temps si on prolonge la tangente à l'origine.
Exemple. Un 1er ordre de gain et constante de temps soumis à un échelon : la sortie est ; la valeur finale est et le temps de réponse à 5 % est .
4. Réponse du 2e ordre
Un système du 2e ordre a pour fonction de transfert (forme canonique) :
où est le gain statique, la pulsation propre (non amortie) et le facteur d'amortissement (sans dimension).
Trois régimes selon :
| Régime | Condition | Comportement |
|---|---|---|
| Apériodique | La sortie atteint la valeur finale sans dépassement (monotone) ; = critique (le plus rapide sans dépassement). | |
| Pseudo-périodique | La sortie dépasse la valeur finale (oscillations amorties) ; c'est le cas typique des asservissements. | |
| Instable | Les oscillations croissent (le système diverge). |
Réponse à l'échelon (régime pseudo-périodique, ). La sortie est :
où est la pulsation amortie (pseudo-pulsation) et .
Statut — Admis (résolution d'ED du 2ᵉ ordre). La réponse à l'échelon ci-dessus est la solution de l'ED du 2ᵉ ordre associée à (cf. M4, ED du 2ᵉ ordre) ; elle est admise (résultat standard, à connaître et à exploiter — lire et sur la courbe) sans re-démonstration.
Dépassement maximal. Le dépassement (en pourcentage de la valeur finale) est :
Plus est grand, plus le dépassement est petit :
Temps de réponse à 5 %. Pour un 2e ordre, le temps de réponse à 5 % est approximativement (le temps pour que l'enveloppe atteigne ).
Exemple. Un 2e ordre de gain , pulsation propre et facteur d'amortissement : le régime est pseudo-périodique ; le dépassement est ; la pseudo-pulsation est ; le temps de réponse à 5 % est .
5. Identification à partir d'une réponse expérimentale
L'identification consiste à déterminer les paramètres ( pour un 1er ordre, et pour un 2e ordre) à partir d'une courbe de réponse (souvent à un échelon).
Méthode pour un 1er ordre.
- Lire la valeur finale sur la courbe.
- Lire le temps où la sortie entre dans la bande ; en déduire .
- En déduire la fonction de transfert avec .
Méthode pour un 2e ordre (pseudo-périodique).
- Lire le dépassement sur la courbe ; en déduire via (par interpolation dans le tableau ci-dessus ou par résolution numérique).
- Lire la pseudo-période (la période des oscillations amorties) ; en déduire .
- En déduire et la fonction de transfert .
Exemple. Une courbe de réponse à un échelon montre un dépassement et une pseudo-période : par interpolation, ; ;