M5 — Nombres réels et suites numériques
Objectif du chapitre. Poser les fondements de l'analyse réelle (borne supérieure, partie entière, densité de ) et maîtriser l'étude des suites : prouver la convergence par monotonie ou par encadrement, utiliser les suites adjacentes, et étudier les suites récurrentes avec le dessin d'escalier.
Notions
1. Nombres réels : bornes et partie entière
Borne supérieure et inférieure. Soit non vide. Un majorant de est un réel tel que ; on dit que est majorée s'il en existe un. Le supremum est le plus petit des majorants (s'il existe) ; le infimum est le plus grand des minorants.
Propriété de la borne supérieure (complétude de ). Tout sous-ensemble non vide de majoré admet un supremum dans . Cette propriété distingue de : l'ensemble est majoré (par ) mais n'a pas de borne supérieure dans (c'est la démonstration classique de l'irrationnalité de ) ; elle est le fondement de la convergence des suites monotones.
Partie entière. Pour , la partie entière est l'unique entier tel que . Propriétés : , pour , et .
Densité de . Entre deux réels distincts , il existe un rationnel tel que (et même un entier tel que si ).
Remarque. Toute suite d'entiers convergente est stationnaire (constante à partir d'un certain rang) : si converge vers et est constituée d'entiers, alors pour , il existe tel que ; comme deux entiers distincts sont à distance , tous les () sont égaux.
2. Limites de suites
Définition (avec ). La suite converge vers si, pour tout , il existe un entier tel que . On note .
Propriétés.
- Unicité : une suite convergente a une seule limite.
- Opérations : si et , alors , , et si .
- Comparaison : si à partir d'un certain rang, alors .
- Théorème des gendarmes (encadrement) : si à partir d'un certain rang et , alors .
- Suite bornée : une suite convergente est bornée ; la réciproque est fausse ( est bornée et non convergente).
Suites extraites. Une suite extraite de est une suite où est strictement croissante (ex. les termes de rang pair , ou les termes de rang carré ). Si converge vers , alors toute suite extraite converge aussi vers (réciproque fausse : diverge mais l'extrait converge).
Théorème de Bolzano-Weierstrass (énoncé). Toute suite bornée de réels admet une sous-suite convergente. C'est l'outil qui permet de passer d'une suite bornée à une suite extraite convergente (par construction, en choisissant des termes dans des intervalles emboîtés de demi-longueur tendant vers ).
3. Convergence par monotonie
Théorème de convergence monotone. Une suite croissante et majorée est convergente ; une suite décroissante et minorée est convergente. De plus, si est croissante et majorée par , alors sa limite vérifie .
Méthode. Pour prouver la convergence d'une suite monotone :
- Prouver la monotonie (par récurrence : ou ).
- Prouver la majoration (ou minoration) — souvent par récurrence.
- Conclure par le théorème de convergence monotone.
Exemple. Soit et .
- Majoration : soit (solution de ). Par récurrence, : c'est vrai au rang 0 () ; si , alors .
- Monotonie : , ce qui est vrai puisque . La suite est donc croissante.
- Conclusion : est croissante et majorée par , donc convergente vers . En passant à la limite, , donc .
4. Suites adjacentes
Théorème des suites adjacentes. Soient croissante et décroissante. Si , alors et convergent vers la même limite.
Méthode. Pour utiliser ce théorème :
- Prouver que est croissante et décroissante (souvent par récurrence).
- Prouver que (encadrement, formule de somme, ou calcul direct).
- Conclure : les deux suites convergent vers la même limite .
Exemple (moyenne arithmético-géométrique). Soient , et, pour tout , (moyenne arithmétique) et (moyenne géométrique).
- Inégalité et monotonie : par l'inégalité arithmético-géométrique, (égalité seulement si ). L'invariant (vrai à car , et stable par l'inégalité arithmético-géométrique) donne et ; comme (car ), décroît et croît, avec .
- Écart : (l'inégalité se vérifie en posant et en réduisant à ). L'écart est donc au plus divisé par 2 à chaque pas, et tend vers .
- Conclusion : et convergent vers la même limite, la moyenne arithmético-géométrique de et (notée , liée au calcul des intégrales elliptiques).
5. Suites récurrentes
Méthode générale. Soit continue et définie par et .
- Stabilité de l'intervalle : prouver que est stable par (si alors ), afin que la suite soit bien définie pour tout .
- Monotonie : étudier le signe de sur pour déterminer le sens de variation de .
- Convergence : appliquer le théorème de convergence monotone (monotone + bornée).
- Limite : si converge vers , alors est un point fixe de () ; on résout pour trouver .
Dessin d'escalier. On trace la courbe et la droite ; le point d'abscisse sur la droite donne sur la courbe (même abscisse), puis sur la droite (même ordonnée), etc. La convergence de la suite se lit sur la convergence de la « spirale » vers le point fixe.
Exemple. Soit et .
- Stabilité : .
- Monotonie : sur , donc est croissante.
- Majoration : par récurrence.
- Conclusion : converge vers avec , donc .
6. Suites arithmético-géométriques et récurrentes linéaires d'ordre 2
Arithmético-géométrique. (avec ) : la suite est géométrique de raison , donc .
Récurrente linéaire d'ordre 2. : on résout l'équation caractéristique .
- Deux racines réelles distinctes : .
- Racine double : .
- Racines complexes : avec et .
Les constantes se déterminent à partir de et .
Démonstrations exigibles
Démonstration exigible — à savoir refaire : convergence monotone. Soit croissante et majorée par . L'ensemble est non vide et majoré ; par la propriété de la borne supérieure, il admet un supremum . Par définition du supremum, pour tout ; et comme croît vers , pour tout il existe tel que (sinon serait un majorant plus petit que ). Donc . Suites adjacentes : si croît, décroît et , alors est majorée par (donc convergente, par le théorème ci-dessus) et est minorée par (convergente) ; leurs limites sont égales car la différence tend vers . Irrationalité de : supposons en forme irréductible. Alors , donc est pair, donc est pair, ; alors , , donc est pair : contradiction avec l'irréductibilité.
Capacités exigibles
- M5.convergence-monotone — Démontrer une convergence par monotonie : prouver la monotonie (par récurrence) et la bornitude, puis appliquer le théorème de convergence monotone.
- M5.suites-adjacentes — Utiliser le théorème des suites adjacentes : prouver que est croissante, décroissante, et .
- M5.suites-recurrentes — Étudier une suite définie par récurrence : stabilité de l'intervalle, monotonie, convergence, point fixe, et dessin d'escalier.
Pièges classiques
- « Croissante et majorée ⇒ convergente » : ne pas oublier la majoration. Une suite croissante peut diverger vers (ex. ) ; il faut prouver la majoration.
- Une suite bornée n'est pas forcément convergente : est bornée et non convergente ; il faut la monotonie (ou l'adjacence) pour conclure.
- Le point fixe n'est une limite que si la suite converge : résoudre donne des candidats ; il faut prouver la convergence pour identifier la limite.
- Stabilité de l'intervalle : si n'est pas stable par , la suite peut sortir de et devenir non définie ; il faut prouver la stabilité avant d'étudier la monotonie.
- Dessin d'escalier : la spirale peut « sauter » au-dessus de la droite si n'est pas contractante ; la convergence n'est pas garantie par le dessin seul.
- Suite d'entiers convergente : elle est stationnaire (constante à partir d'un certain rang), pas seulement bornée.
Graphe de référence
La suite , converge vers ; la courbe et la droite donnent le dessin d'escalier (croissant, converge vers le point fixe ).
Pour aller plus loin
Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP PC/PSI Maths 1 (exercices 1 et 2), e3a Maths — parties « analyse réelle ».
Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.