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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

M18 — Probabilités sur un univers fini

Objectif du chapitre. Maîtriser les probabilités sur un univers fini : la modélisation par un espace probabilisé, les probabilités conditionnelles, la formule des probabilités composées, la formule des probabilités totales, la formule de Bayes et l'indépendance. L'objectif est de savoir modéliser une expérience par un arbre ou un système complet d'événements, et appliquer Bayes proprement.

Notions​

1. Espace probabilisé fini​

Un espace probabilisé fini est un couple (Ω,P)(\Omega, P) où Ω\Omega est un ensemble fini (l'univers) et P:P(Ω)→[0,1]P : \mathcal{P}(\Omega) \to [0, 1] est une mesure de probabilité :

  • P(Ω)=1P(\Omega) = 1 ;
  • P(A∪B)=P(A)+P(B)P(A \cup B) = P(A) + P(B) si A∩B=∅A \cap B = \varnothing (additivité pour les événements disjoints).

Un événement est une partie A⊂ΩA \subset \Omega ; P(A)P(A) est sa probabilité.

Équiprobabilité. Si tous les éléments de Ω\Omega sont équiprobables, alors P(A)=∣A∣∣Ω∣P(A) = \dfrac{\lvert A \rvert}{\lvert \Omega \rvert} pour tout événement AA ; c'est le cas des expériences équitables (dé, pièce, tirage au sort).

Propriétés usuelles. P(∅)=0P(\varnothing) = 0 ; P(Ac)=1−P(A)P(A^c) = 1 - P(A) ; P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B)P(A \cup B) = P(A) + P(B) - P(A \cap B) ; si A⊂BA \subset B alors P(A)≤P(B)P(A) \leq P(B) ; ∣P(A)−P(B)∣≤P(A△B)|P(A) - P(B)| \leq P(A \triangle B).

2. Probabilités conditionnelles​

Soient A,BA, B deux événements avec P(B)>0P(B) > 0. La probabilité conditionnelle de AA sachant BB est

P(A∣B)=P(A∩B)P(B).P(A \mid B) = \frac{P(A \cap B)}{P(B)}.

Interprétation. P(A∣B)P(A \mid B) est la probabilité de AA dans l'univers restreint à BB (on « sait » que BB est survenu).

Propriétés. P(A∣B)=P(B∣A) P(A)P(B)P(A \mid B) = \dfrac{P(B \mid A)\, P(A)}{P(B)} (forme de Bayes) ; P(A∣B)≠P(B∣A)P(A \mid B) \neq P(B \mid A) en général ; P(A∣B)=P(A)P(A \mid B) = P(A) si et seulement si AA et BB sont indépendants.

3. Formule des probabilités composées​

Soient A1,…,AnA_1, \dots, A_n des événements avec P(A1∩⋯∩An−1)>0P(A_1 \cap \dots \cap A_{n-1}) > 0. Alors

P(A1∩⋯∩An)=P(A1)⋅P(A2∣A1)⋅P(A3∣A1∩A2)⋅⋯⋅P(An∣A1∩⋯∩An−1).P(A_1 \cap \dots \cap A_n) = P(A_1) \cdot P(A_2 \mid A_1) \cdot P(A_3 \mid A_1 \cap A_2) \cdot \dots \cdot P(A_n \mid A_1 \cap \dots \cap A_{n-1}).

Cas n=2n = 2. P(A∩B)=P(A)⋅P(B∣A)=P(B)⋅P(A∣B)P(A \cap B) = P(A) \cdot P(B \mid A) = P(B) \cdot P(A \mid B).

Application. La formule des probabilités composées est l'outil de base des arbres de probabilités : chaque branche porte une probabilité conditionnelle, et la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités des branches.

4. Formule des probabilités totales​

Soit (A1,…,An)(A_1, \dots, A_n) un système complet d'événements (SCE) : les AiA_i sont disjoints deux à deux et ⋃Ai=Ω\bigcup A_i = \Omega. Pour tout événement BB avec P(Ai)>0P(A_i) > 0 :

P(B)=∑i=1nP(B∣Ai) P(Ai).P(B) = \sum_{i=1}^{n} P(B \mid A_i)\, P(A_i).

Interprétation. On « décompose » BB selon les cas AiA_i (qui partagent l'univers), et on somme les contributions. C'est l'outil de base des arbres de probabilités avec une racine qui se décompose en plusieurs branches.

Exemple. Une urne contient 3 boules rouges et 2 boules noires. On tire une boule, on la remet, puis on tire une seconde boule. Quelle est la probabilité d'obtenir deux boules de même couleur ?

  • SCE : {R1}\{R_1\} (première rouge, P=3/5P = 3/5), {N1}\{N_1\} (première noire, P=2/5P = 2/5).
  • P(deux rouges)=P(R1)⋅P(R2∣R1)=35⋅35=925P(\text{deux rouges}) = P(R_1) \cdot P(R_2 \mid R_1) = \dfrac{3}{5} \cdot \dfrac{3}{5} = \dfrac{9}{25} (remise, donc P(R2∣R1)=3/5P(R_2 \mid R_1) = 3/5).
  • P(deux noires)=P(N1)⋅P(N2∣N1)=25⋅25=425P(\text{deux noires}) = P(N_1) \cdot P(N_2 \mid N_1) = \dfrac{2}{5} \cdot \dfrac{2}{5} = \dfrac{4}{25}.
  • P(meˆme couleur)=925+425=1325P(\text{même couleur}) = \dfrac{9}{25} + \dfrac{4}{25} = \dfrac{13}{25}.

5. Formule de Bayes​

Soit (A1,…,An)(A_1, \dots, A_n) un SCE avec P(Ai)>0P(A_i) > 0, et BB un événement avec P(B)>0P(B) > 0. Alors

P(Ai∣B)=P(B∣Ai) P(Ai)∑j=1nP(B∣Aj) P(Aj).P(A_i \mid B) = \frac{P(B \mid A_i)\, P(A_i)}{\sum_{j=1}^{n} P(B \mid A_j)\, P(A_j)}.

Interprétation. La formule de Bayes permet de remonter les probabilités : on part de l'observation BB et on calcule la probabilité de chaque cause AiA_i a posteriori. Le dénominateur est la probabilité totale de BB (formule des probabilités totales).

Exemple (diagnostic). Une maladie affecte 1%1\% de la population. Un test a une sensibilité de 99%99\% (P(+∣malade)=0.99P(+ \mid \text{malade}) = 0.99) et une spécificité de 95%95\% (P(−∣non malade)=0.95P(- \mid \text{non malade}) = 0.95, donc P(+∣non malade)=0.05P(+ \mid \text{non malade}) = 0.05). Quelle est la probabilité d'être malade sachant un test positif ?

  • SCE : {malade}\{\text{malade}\} (P=0.01P = 0.01), {non malade}\{\text{non malade}\} (P=0.99P = 0.99).
  • P(+∣malade)=0.99P(+ \mid \text{malade}) = 0.99, P(+∣non malade)=0.05P(+ \mid \text{non malade}) = 0.05.
  • P(+)=P(+∣malade)P(malade)+P(+∣non malade)P(non malade)=0.99⋅0.01+0.05⋅0.99=0.0099+0.0495=0.0594P(+) = P(+ \mid \text{malade}) P(\text{malade}) + P(+ \mid \text{non malade}) P(\text{non malade}) = 0.99 \cdot 0.01 + 0.05 \cdot 0.99 = 0.0099 + 0.0495 = 0.0594.
  • P(malade∣+)=0.99⋅0.010.0594=0.00990.0594≈0.167P(\text{malade} \mid +) = \dfrac{0.99 \cdot 0.01}{0.0594} = \dfrac{0.0099}{0.0594} \approx 0.167.

Même avec un test positif, la probabilité d'être malade n'est que d'environ 17%17\% (car la maladie est rare et le test a des faux positifs). C'est le paradoxe de la base : l'a priori (1%1\%) domine l'a posteriori.

6. Indépendance​

Deux événements. AA et BB sont indépendants si et seulement si P(A∩B)=P(A) P(B)P(A \cap B) = P(A)\, P(B). Équivalent : P(A∣B)=P(A)P(A \mid B) = P(A) (si P(B)>0P(B) > 0), ou P(B∣A)=P(B)P(B \mid A) = P(B) (si P(A)>0P(A) > 0).

Famille d'événements. Une famille (A1,…,An)(A_1, \dots, A_n) est indépendante si, pour tout sous-ensemble I⊂{1,…,n}I \subset \{1, \dots, n\}, P(⋂i∈IAi)=∏i∈IP(Ai)P\left(\bigcap_{i \in I} A_i\right) = \prod_{i \in I} P(A_i).

Propriétés.

  • L'indépendance n'est PAS transitive : si AA et BB sont indépendants, et BB et CC sont indépendants, AA et CC ne sont pas nécessairement indépendants (il faut l'indépendance mutuelle de la famille pour conclure).
  • Si AA et BB sont indépendants, alors AA et BcB^c sont indépendants, et AcA^c et BB sont indépendants.

Piège. AA et BB indépendants ne implique pas que A∪BA \cup B et A∩BA \cap B sont indépendants (ni que A∖BA \setminus B et BB le sont) ; l'indépendance ne se préserve pas par les opérations booléennes en général.

Exemple d'indépendance. Soit A={1,2}A = \{1, 2\} et B={1,3}B = \{1, 3\} dans Ω={1,2,3,4}\Omega = \{1, 2, 3, 4\} équiprobable. On a P(A)=1/2P(A) = 1/2, P(B)=1/2P(B) = 1/2, P(A∩B)=P({1})=1/4=P(A)P(B)P(A \cap B) = P(\{1\}) = 1/4 = P(A) P(B) : AA et BB sont indépendants. Mais Ac={3,4}A^c = \{3, 4\} et BB : P(Ac∩B)=P({3})=1/4=P(Ac)P(B)P(A^c \cap B) = P(\{3\}) = 1/4 = P(A^c) P(B) : AcA^c et BB sont aussi indépendants (cohérent avec la propriété).

7. Arbre de probabilités (méthode de modélisation)​

Un arbre de probabilités est l'outil de modélisation de référence pour les expériences en plusieurs étapes :

  1. La racine représente le départ de l'expérience.
  2. Chaque nœud représente un état (un événement).
  3. Chaque branche porte une probabilité conditionnelle (la probabilité de l'état suivant sachant l'état actuel).
  4. La probabilité d'un chemin (de la racine à une feuille) est le produit des probabilités des branches du chemin.
  5. La probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui y mènent.

Lecture de l'arbre.

  • De la racine vers les feuilles : formule des probabilités composées (produit).
  • Des feuilles vers la racine (pour un événement donné) : formule des probabilités totales (somme) et formule de Bayes (remonter les probabilités).

Exemple (urne sans remise). Une urne contient 2 boules rouges et 3 boules noires. On tire deux boules sans remise. Quelle est la probabilité d'obtenir une rouge et une noire (dans n'importe quel ordre) ?

  • Arbre : première boule R (2/52/5) ou N (3/53/5) ; seconde boule (sans remise) : si R d'abord, alors R (1/41/4) ou N (3/43/4) ; si N d'abord, alors R (2/42/4) ou N (1/41/4).
  • Chemin R puis N : 25⋅34=620\dfrac{2}{5} \cdot \dfrac{3}{4} = \dfrac{6}{20}.
  • Chemin N puis R : 35⋅24=620\dfrac{3}{5} \cdot \dfrac{2}{4} = \dfrac{6}{20}.
  • P(une R et une N)=620+620=1220=35P(\text{une R et une N}) = \dfrac{6}{20} + \dfrac{6}{20} = \dfrac{12}{20} = \dfrac{3}{5}.

Capacités exigibles​

  • M18.bayes — Appliquer la formule de Bayes : identifier le SCE (les causes), calculer la probabilité totale de l'observation (dénominateur), et calculer la probabilité a posteriori de chaque cause (numérateur).

Pièges classiques​

  • P(A∣B)≠P(B∣A)P(A \mid B) \neq P(B \mid A) : la probabilité conditionnelle n'est pas symétrique ; P(A∣B)=P(B∣A) P(A)P(B)P(A \mid B) = \dfrac{P(B \mid A)\, P(A)}{P(B)} (forme de Bayes), pas l'inverse.
  • L'indépendance est symétrique, la conditionnalité non : AA indépendant de BB   ⟺  \iff BB indépendant de AA, mais P(A∣B)≠P(B∣A)P(A \mid B) \neq P(B \mid A) en général.
  • Formule de Bayes : le dénominateur est la probabilité totale : il faut sommer toutes les contributions P(B∣Ai)P(Ai)P(B \mid A_i) P(A_i) (pas seulement celle de la cause considérée) ; oublier un terme du SCE donne un résultat faux.
  • SCE : les événements sont disjoints ET partagent l'univers : il ne suffit pas qu'ils soient disjoints (il faut aussi ⋃Ai=Ω\bigcup A_i = \Omega) ; un SCE est une partition de l'univers.
  • Indépendance mutuelle vs indépendance par paires : l'indépendance par paires (chaque paire est indépendante) ne suffit pas pour l'indépendance mutuelle (tous les sous-produits) ; il faut vérifier tous les sous-ensembles.
  • Paradoxe de la base : même avec un test très sensible, si la maladie est rare, la probabilité a posteriori d'être malade peut être faible ; l'a priori (prévalence) domine.

Graphe de référence​

La probabilité a posteriori P(malade∣+)P(\text{malade} \mid +) en fonction de la prévalence pp (sensibilité 0.990.99, spécificité 0.950.95) est P(malade∣+)=0.99 p0.99 p+0.05 (1−p)P(\text{malade} \mid +) = \dfrac{0.99\, p}{0.99\, p + 0.05\, (1 - p)} ; la courbe montre que même pour p=10%p = 10\%, la probabilité a posteriori n'est que d'environ 69%69\%, et pour p=1%p = 1\%, elle n'est que d'environ 17%17\%.

P(malade | +) en fonction de la prévalence p

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP et e3a (exercice de probabilités, souvent 100 % PCSI).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.