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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

M13 — Déterminants

Objectif du chapitre. Maîtriser le déterminant d'une matrice carrée : ses propriétés (multilinéarité, caractère alterné), le développement par cofacteurs, l'effet des opérations élémentaires, et son usage pour prouver l'inversibilité. L'objectif est de savoir calculer un déterminant structuré et utiliser det⁡\det pour prouver l'inversibilité.

Notions​

1. Définition et propriétés fondamentales​

Le déterminant det⁡A\det A d'une matrice carrée A∈Mn(K)A \in \mathbb{M}_n(\mathbb{K}) est un scalaire défini par :

  • det⁡In=1\det I_n = 1 ;
  • Multilinéarité : det⁡\det est linéaire dans chaque colonne (et dans chaque ligne).
  • Caractère alterné : si deux colonnes (ou deux lignes) sont égales, det⁡A=0\det A = 0 ; l'échange de deux colonnes (ou lignes) change le signe de det⁡A\det A.

Conséquences immédiates.

  • Si une matrice a deux colonnes (lignes) proportionnelles, det⁡A=0\det A = 0.
  • det⁡(A+B)\det(A + B) n'a pas de formule simple (le déterminant n'est pas additif).
  • det⁡(λA)=λndet⁡A\det(\lambda A) = \lambda^n \det A (le scalaire λ\lambda est tiré de chaque colonne).

2. Propriétés multiplicatives​

  • Produit : det⁡(AB)=det⁡A⋅det⁡B\det(AB) = \det A \cdot \det B (pour A,B∈Mn(K)A, B \in \mathbb{M}_n(\mathbb{K})).
  • Transposée : det⁡(t ⁣A)=det⁡A\det({}^t\!A) = \det A.
  • Matrice diagonale : det⁡diag⁡(λ1,…,λn)=λ1λ2⋯λn\det \operatorname{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) = \lambda_1 \lambda_2 \cdots \lambda_n.
  • Matrice triangulaire (inférieure ou supérieure) : det⁡A=∏i=1naii\det A = \prod_{i=1}^{n} a_{ii} (produit des coefficients diagonaux).
  • Bloc : si A=(A11A120A22)A = \begin{pmatrix} A_{11} & A_{12} \\ 0 & A_{22} \end{pmatrix} (bloc triangulaire), alors det⁡A=det⁡A11⋅det⁡A22\det A = \det A_{11} \cdot \det A_{22}.

3. Développement par cofacteurs (Laplace)​

Soit A=(aij)∈Mn(K)A = (a_{ij}) \in \mathbb{M}_n(\mathbb{K}). Le cofacteur de aija_{ij} est Cij=(−1)i+jdet⁡AijC_{ij} = (-1)^{i+j} \det A_{ij}, où AijA_{ij} est la matrice obtenue en supprimant la ligne ii et la colonne jj.

Formule de développement. Pour toute ligne ii fixée :

det⁡A=∑j=1naij Cij.\det A = \sum_{j=1}^{n} a_{ij}\, C_{ij}.

De même, pour toute colonne jj fixée : det⁡A=∑i=1naij Cij\det A = \sum_{i=1}^{n} a_{ij}\, C_{ij}.

Stratégie de calcul. On développe selon la ligne (ou colonne) qui contient le plus grand nombre de zéros (chaque zéro supprime un terme).

Exemple (3×3). Calculer det⁡(1234567810)\det \begin{pmatrix} 1 & 2 & 3 \\ 4 & 5 & 6 \\ 7 & 8 & 10 \end{pmatrix}.

  • Développement selon la première ligne :
det⁡=1⋅det⁡(56810)−2⋅det⁡(46710)+3⋅det⁡(4578).\det = 1 \cdot \det\begin{pmatrix} 5 & 6 \\ 8 & 10 \end{pmatrix} - 2 \cdot \det\begin{pmatrix} 4 & 6 \\ 7 & 10 \end{pmatrix} + 3 \cdot \det\begin{pmatrix} 4 & 5 \\ 7 & 8 \end{pmatrix}.
  • Calcul des déterminants 2×22 \times 2 : 5⋅10−6⋅8=25 \cdot 10 - 6 \cdot 8 = 2 ; 4⋅10−6⋅7=−24 \cdot 10 - 6 \cdot 7 = -2 ; 4⋅8−5⋅7=−34 \cdot 8 - 5 \cdot 7 = -3.
  • Donc det⁡=1⋅2−2⋅(−2)+3⋅(−3)=2+4−9=−3\det = 1 \cdot 2 - 2 \cdot (-2) + 3 \cdot (-3) = 2 + 4 - 9 = -3.

4. Opérations élémentaires et déterminant​

Les trois opérations de pivot agissent sur le déterminant ainsi :

  1. Échange de deux lignes : det⁡\det change de signe.
  2. Multiplication d'une ligne par λ\lambda : det⁡\det est multiplié par λ\lambda.
  3. Ajout d'un multiple d'une ligne à une autre : det⁡\det est inchangé.

Stratégie de calcul. Pour calculer un déterminant, on applique les opérations de type 3 (qui ne changent pas det⁡\det) pour trianguler la matrice, puis on lit le produit des coefficients diagonaux. C'est l'équivalent du pivot de Gauss, mais sans normaliser les pivots.

Exemple. Calculer det⁡(211121112)\det \begin{pmatrix} 2 & 1 & 1 \\ 1 & 2 & 1 \\ 1 & 1 & 2 \end{pmatrix}.

  • L2←L2−12L1L_2 \leftarrow L_2 - \tfrac{1}{2} L_1 (ou, pour éviter les fractions, on échange L1L_1 et L2L_2 puis on triangule) : échangeons L1↔L2L_1 \leftrightarrow L_2 (signe −-) : det⁡=−det⁡(121211112)\det = -\det \begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 \\ 2 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 2 \end{pmatrix}.
  • L2←L2−2L1L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1, L3←L3−L1L_3 \leftarrow L_3 - L_1 : det⁡=−det⁡(1210−3−10−11)\det = -\det \begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 \\ 0 & -3 & -1 \\ 0 & -1 & 1 \end{pmatrix}.
  • Triangulaire en a11=1a_{11} = 1 : det⁡=−(1⋅det⁡(−3−1−11))=−(1⋅(−3⋅1−(−1)(−1)))=−(1⋅(−4))=4\det = -(1 \cdot \det \begin{pmatrix} -3 & -1 \\ -1 & 1 \end{pmatrix}) = -(1 \cdot (-3 \cdot 1 - (-1)(-1))) = -(1 \cdot (-4)) = 4.

5. Inversibilité et comatrice (complément)​

Caractérisation. A∈Mn(K)A \in \mathbb{M}_n(\mathbb{K}) est inversible si et seulement si det⁡A≠0\det A \neq 0.

Comatrice. La comatrice Com⁡(A)\operatorname{Com}(A) est la matrice (Cij)(C_{ij}) des cofacteurs. On a la formule fondamentale :

A⋅t ⁣Com⁡(A)=t ⁣Com⁡(A)⋅A=det⁡(A) In.A \cdot {}^t\!\operatorname{Com}(A) = {}^t\!\operatorname{Com}(A) \cdot A = \det(A)\, I_n.

Formule de l'inverse. Si det⁡A≠0\det A \neq 0, alors

A−1=1det⁡A t ⁣Com⁡(A).A^{-1} = \frac{1}{\det A}\, {}^t\!\operatorname{Com}(A).

Exemple (2×2). Pour A=(abcd)A = \begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix}, det⁡A=ad−bc\det A = ad - bc et A−1=1ad−bc(d−b−ca)A^{-1} = \dfrac{1}{ad - bc} \begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix} (formule usuelle).

6. Déterminant de Vandermonde​

Pour x1,…,xn∈Kx_1, \dots, x_n \in \mathbb{K}, le déterminant de Vandermonde est

V(x1,…,xn)=det⁡(11…1x1x2…xnx12x22…xn2⋮⋮⋮x1n−1x2n−1…xnn−1)=∏1≤i<j≤n(xj−xi).V(x_1, \dots, x_n) = \det \begin{pmatrix} 1 & 1 & \dots & 1 \\ x_1 & x_2 & \dots & x_n \\ x_1^2 & x_2^2 & \dots & x_n^2 \\ \vdots & \vdots & & \vdots \\ x_1^{n-1} & x_2^{n-1} & \dots & x_n^{n-1} \end{pmatrix} = \prod_{1 \leq i < j \leq n} (x_j - x_i).

Conséquence. V(x1,…,xn)=0V(x_1, \dots, x_n) = 0 si et seulement si deux des xix_i sont égaux ; en particulier, V≠0V \neq 0 si les xix_i sont distincts. Ce déterminant apparaît dans l'interpolation de Lagrange (chapitre M8) : le polynôme interpolant existe et est unique si et seulement si les abscisses sont distinctes, c'est-à-dire si V≠0V \neq 0.

Exemple (n = 3). V(x1,x2,x3)=(x2−x1)(x3−x1)(x3−x2)V(x_1, x_2, x_3) = (x_2 - x_1)(x_3 - x_1)(x_3 - x_2).

Démonstration (n = 3). Le déterminant VV est un polynôme de degré total 33 en (x1,x2,x3)(x_1, x_2, x_3) (somme des produits de 3 éléments, un par colonne et par ligne) et alterné (échange de deux colonnes ⇒\Rightarrow échange de deux xix_i ⇒\Rightarrow changement de signe). Il est donc divisible par (x2−x1)(x3−x1)(x3−x2)(x_2 - x_1)(x_3 - x_1)(x_3 - x_2) (produit des différences, alterné, de degré 3). Le coefficient de x2x32x_2 x_3^2 dans VV est 11 (terme 1⋅x2⋅x321 \cdot x_2 \cdot x_3^2), comme dans le produit : le déterminant est donc égal au produit.

7. Propriétés supplémentaires du déterminant​

  • Déterminant d'une matrice orthogonale : si QQ est orthogonale (Q t ⁣Q=InQ\,{}^t\!Q = I_n), alors det⁡Q∈{±1}\det Q \in \{\pm 1\} (car det⁡Q⋅det⁡(t ⁣Q)=det⁡In=1\det Q \cdot \det({}^t\!Q) = \det I_n = 1, donc (det⁡Q)2=1(\det Q)^2 = 1).
  • Déterminant d'une matrice symétrique : pas de signe particulier (le déterminant d'une symétrique est réel, mais son signe n'est pas fixé).
  • Déterminant et valeurs propres (complément hors programme — spectral) : det⁡A=∏i=1nλi\det A = \prod_{i=1}^{n} \lambda_i (produit des valeurs propres, avec multiplicité) ; tr⁡A=∑i=1nλi\operatorname{tr} A = \sum_{i=1}^{n} \lambda_i (somme des valeurs propres).
  • Déterminant d'un bloc diagonal : si A=(A1100A22)A = \begin{pmatrix} A_{11} & 0 \\ 0 & A_{22} \end{pmatrix}, alors det⁡A=det⁡A11⋅det⁡A22\det A = \det A_{11} \cdot \det A_{22}.
  • Déterminant d'une matrice de permutation (hors programme PCSI — aperçu) : det⁡P=sgn⁡(σ)\det P = \operatorname{sgn}(\sigma) (signe de la permutation σ\sigma).

8. Déterminant d'un endomorphisme​

Soit f:E→Ef : E \to E un endomorphisme d'un espace vectoriel de dimension finie. Le déterminant de ff est det⁡A\det A où AA est la matrice de ff dans une base ; ce déterminant ne dépend pas du choix de la base (invariance par similitude, chapitre M12).

Propriétés. det⁡(f∘g)=det⁡f⋅det⁡g\det(f \circ g) = \det f \cdot \det g ; det⁡(λf)=λndet⁡f\det(\lambda f) = \lambda^n \det f ; ff est bijectif si et seulement si det⁡f≠0\det f \neq 0.

Capacités exigibles​

  • M13.determinant — Calculer un déterminant structuré : reconnaître la structure (triangulaire, bloc, Vandermonde), appliquer les opérations élémentaires pour trianguler, et développer par cofacteurs si nécessaire.
  • M13.inversibilite — Utiliser le déterminant pour prouver l'inversibilité : calculer det⁡A\det A et montrer qu'il est non nul (ou, au contraire, montrer qu'il s'annule pour prouver la non-inversibilité).

Pièges classiques​

  • Le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit des coefficients diagonaux : c'est le cas des matrices triangulaires inférieures et supérieures ; pas des matrices « quasi triangulaires » (il faut d'abord trianguler).
  • Seule l'opération de type 3 (ajout d'un multiple d'une ligne) ne change pas det⁡\det : l'ajout d'un multiple d'une ligne à une autre préserve le déterminant ; en revanche, l'échange de deux lignes (type 1) change le signe, et la multiplication d'une ligne par λ\lambda (type 2) multiplie det⁡\det par λ\lambda.
  • det⁡(λA)=λndet⁡A\det(\lambda A) = \lambda^n \det A, pas λdet⁡A\lambda \det A : le scalaire λ\lambda est tiré de chaque colonne (ou ligne), donc il est élevé à la puissance nn.
  • det⁡(A+B)≠det⁡A+det⁡B\det(A + B) \neq \det A + \det B : le déterminant n'est pas additif ; il est seulement multilinéaire dans chaque colonne.
  • Inversibilité : det⁡A≠0\det A \neq 0 : si det⁡A=0\det A = 0, la matrice n'est pas inversible ; il ne faut pas confondre avec det⁡A=1\det A = 1 (qui caractérise les matrices de SLn\mathrm{SL}_n).
  • Vandermonde : l'ordre des xix_i compte : V(x1,…,xn)=∏i<j(xj−xi)V(x_1, \dots, x_n) = \prod_{i < j} (x_j - x_i) ; si on permute les xix_i, le déterminant change de signe (caractère alterné).

Graphe de référence​

La fonction f(x)=det⁡(x11x)=x2−1f(x) = \det \begin{pmatrix} x & 1 \\ 1 & x \end{pmatrix} = x^2 - 1 (déterminant d'une matrice 2×22 \times 2 dépendant de xx) s'annule en x=±1x = \pm 1 : ces valeurs sont exactement celles pour lesquelles la matrice n'est plus inversible. La courbe illustre le lien entre déterminant et inversibilité.

det([[x,1],[1,x]]) = x^2 - 1 (zéros = non-inversibilité)

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP Maths 2, Mines PSI Maths 1 (premières parties).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.