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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

M11 — Espaces vectoriels de dimension finie

Objectif du chapitre. Exploiter la dimension finie pour conclure : le théorème de la base incomplète, le rang d'une famille, le théorème du rang, la formule de Grassmann, et la caractérisation des isomorphismes. L'objectif est de savoir utiliser le théorème du rang pour conclure et montrer que deux sous-espaces sont supplémentaires par dimension + intersection nulle.

Notions​

1. Dimension et théorème de la base incomplète​

La dimension dim⁡E\dim E d'un espace vectoriel EE de dimension finie est le cardinal de toute base de EE (toutes les bases ont le même cardinal).

Théorème de la base incomplète. Soit EE un espace vectoriel de dimension nn et (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) une famille libre de EE avec p≤np \leq n. Alors (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) se prolonge en une base de EE : il existe (ep+1,…,en)(e_{p+1}, \dots, e_n) tels que (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) est une base de EE.

Conséquences.

  • Une famille libre a au plus nn vecteurs.
  • Une famille génératrice a au moins nn vecteurs.
  • Une famille de nn vecteurs est libre si et seulement si elle est génératrice (donc une base).
  • Dimension d'un sous-espace : si FF est un sous-espace de EE, alors dim⁡F≤dim⁡E\dim F \leq \dim E ; l'égalité caractérise F=EF = E.

2. Rang d'une famille​

Le rang d'une famille (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) de vecteurs de EE est la dimension du sous-espace qu'elle engendre :

rg⁡(e1,…,ep)=dim⁡Vect⁡(e1,…,ep).\operatorname{rg}(e_1, \dots, e_p) = \dim \operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_p).

Propriétés.

  • rg⁡(e1,…,ep)≤p\operatorname{rg}(e_1, \dots, e_p) \leq p (égalité si la famille est libre).
  • Le rang est le nombre maximal de vecteurs libres dans la famille.
  • Si la famille est donnée par des coordonnées dans une base, le rang est le rang de la matrice des coordonnées (par pivot de Gauss).

Exemple. Dans R3\mathbb{R}^3, la famille ((1,0,1),(0,1,1),(1,1,0))((1, 0, 1), (0, 1, 1), (1, 1, 0)) : la matrice des coordonnées est (101011110)\begin{pmatrix} 1 & 0 & 1 \\ 0 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 0 \end{pmatrix}, de déterminant −2≠0-2 \neq 0 ; le rang est 3, la famille est une base.

(le déterminant et l'inversibilité sont définis en M13).

Exemple (famille liée). Dans R3\mathbb{R}^3, la famille ((1,2,3),(2,4,6),(1,1,1))((1, 2, 3), (2, 4, 6), (1, 1, 1)) : le deuxième vecteur est 22 fois le premier, donc la famille est liée. Le rang est 2 (les deux premiers vecteurs sont colinéaires, le troisième n'est pas colinéaire au premier) ; une base de Vect⁡\operatorname{Vect} est ((1,2,3),(1,1,1))((1, 2, 3), (1, 1, 1)).

Calcul par pivot. Pour calculer le rang d'une famille de vecteurs, on forme la matrice dont les colonnes sont les coordonnées des vecteurs (dans une base), et on applique le pivot de Gauss : le rang est le nombre de pivots (lignes non nulles du système échelonné).

3. Théorème du rang​

Soit f:E→Ff : E \to F une application linéaire entre espaces de dimension finie. Alors

dim⁡E=dim⁡ker⁡f+dim⁡Im⁡f.\dim E = \dim \ker f + \dim \operatorname{Im} f.

Corollaires.

  • dim⁡Im⁡f≤min⁡(dim⁡E,dim⁡F)\dim \operatorname{Im} f \leq \min(\dim E, \dim F).
  • ff est injective si et seulement si dim⁡ker⁡f=0\dim \ker f = 0, c'est-à-dire dim⁡Im⁡f=dim⁡E\dim \operatorname{Im} f = \dim E.
  • ff est surjective si et seulement si dim⁡Im⁡f=dim⁡F\dim \operatorname{Im} f = \dim F, c'est-à-dire dim⁡ker⁡f=dim⁡E−dim⁡F\dim \ker f = \dim E - \dim F.

Application typique. Pour montrer qu'une application linéaire f:E→Ef : E \to E (même dimension) est bijective, il suffit de montrer qu'elle est injective ou surjective (les deux sont équivalents en dimension finie).

4. Caractérisation des isomorphismes en dimension finie​

Soient E,FE, F deux espaces vectoriels de dimension finie et f:E→Ff : E \to F une application linéaire.

  • Si dim⁡E=dim⁡F\dim E = \dim F, alors ff est injective   ⟺  \iff ff est surjective   ⟺  \iff ff est bijective (isomorphisme).
  • Plus généralement, ff est un isomorphisme si et seulement si dim⁡E=dim⁡F\dim E = \dim F et dim⁡Im⁡f=dim⁡E\dim \operatorname{Im} f = \dim E.

Matrice d'un isomorphisme. Si f:E→Ff : E \to F est un isomorphisme et si on choisit des bases de EE et FF, la matrice de ff est inversible (déterminant non nul). Réciproquement, une application linéaire entre espaces de même dimension dont la matrice (dans des bases) est inversible est un isomorphisme.

Exemple. Soit f:R2→R2f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2 de matrice (2111)\begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} dans la base canonique. Le déterminant est 2−1=1≠02 - 1 = 1 \neq 0, donc la matrice est inversible et ff est un isomorphisme. Son inverse est la matrice (1−1−12)\begin{pmatrix} 1 & -1 \\ -1 & 2 \end{pmatrix} (vérification : produit égal à I2I_2).

Application du théorème du rang. Soit f:R3→R2f : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^2 linéaire. On a dim⁡Im⁡f≤min⁡(3,2)=2\dim \operatorname{Im} f \leq \min(3, 2) = 2 et dim⁡ker⁡f=3−dim⁡Im⁡f\dim \ker f = 3 - \dim \operatorname{Im} f. Si Im⁡f=R2\operatorname{Im} f = \mathbb{R}^2 (surjective), alors dim⁡ker⁡f=1\dim \ker f = 1 : le noyau est une droite. Si Im⁡f\operatorname{Im} f est une droite (dimension 1), alors dim⁡ker⁡f=2\dim \ker f = 2 : le noyau est un plan.

5. Formule de Grassmann​

Soient FF et GG deux sous-espaces vectoriels d'un même espace EE de dimension finie. Alors

dim⁡(F+G)=dim⁡F+dim⁡G−dim⁡(F∩G).\dim(F + G) = \dim F + \dim G - \dim(F \cap G).

Conséquences.

  • dim⁡(F+G)≤dim⁡F+dim⁡G\dim(F + G) \leq \dim F + \dim G (égalité si et seulement si F∩G={0}F \cap G = \{0\}, c'est-à-dire si la somme est directe).
  • Si dim⁡F+dim⁡G>dim⁡E\dim F + \dim G > \dim E, alors F∩G≠{0}F \cap G \neq \{0\} (les deux sous-espaces se coupent non trivialement).

Exemple. Dans R3\mathbb{R}^3, soient FF et GG deux plans (dimension 2). Alors dim⁡(F∩G)=2+2−dim⁡(F+G)\dim(F \cap G) = 2 + 2 - \dim(F + G). Si F≠GF \neq G, alors F+G=R3F + G = \mathbb{R}^3 (dimension 3), donc dim⁡(F∩G)=1\dim(F \cap G) = 1 : l'intersection est une droite. Si F=GF = G, alors F+G=FF + G = F (dimension 2), donc dim⁡(F∩G)=2\dim(F \cap G) = 2.

6. Montrer que deux sous-espaces sont supplémentaires​

Pour montrer que E=F⊕GE = F \oplus G (avec F,GF, G sous-espaces de EE), il suffit de vérifier :

  1. F∩G={0}F \cap G = \{0\} ;
  2. dim⁡F+dim⁡G=dim⁡E\dim F + \dim G = \dim E.

Justification. La condition 1 donne dim⁡(F+G)=dim⁡F+dim⁡G\dim(F + G) = \dim F + \dim G (Grassmann) ; la condition 2 donne dim⁡(F+G)=dim⁡E\dim(F + G) = \dim E, donc F+G=EF + G = E (sous-espace de même dimension). La somme est donc directe et égale à EE.

Exemple. Dans R2\mathbb{R}^2, soient F=Vect⁡((1,1))F = \operatorname{Vect}((1, 1)) et G=Vect⁡((1,−1))G = \operatorname{Vect}((1, -1)). On a dim⁡F=dim⁡G=1\dim F = \dim G = 1, F∩G={0}F \cap G = \{0\} (les vecteurs (1,1)(1,1) et (1,−1)(1,-1) ne sont pas colinéaires), et dim⁡F+dim⁡G=2=dim⁡R2\dim F + \dim G = 2 = \dim \mathbb{R}^2. Donc R2=F⊕G\mathbb{R}^2 = F \oplus G.

Démonstrations exigibles​

Démonstration exigible — à savoir refaire : théorème du rang. Soit f:E→Ff : E \to F linéaire, EE de dimension finie. On a dim⁡Im⁡(f)+dim⁡ker⁡(f)=dim⁡E\dim \operatorname{Im}(f) + \dim \ker(f) = \dim E. Preuve : soit Bk=(e1,…,ep)B_k = (e_1, \dots, e_p) une base de ker⁡(f)\ker(f) (p=dim⁡ker⁡(f)p = \dim \ker(f)). Par le théorème de la base incomplète, on complète en une base B=(e1,…,ep,ep+1,…,en)B = (e_1, \dots, e_p, e_{p+1}, \dots, e_n) de EE. Les vecteurs f(ep+1),…,f(en)f(e_{p+1}), \dots, f(e_n) sont libres : si ∑i>pλif(ei)=0\sum_{i > p} \lambda_i f(e_i) = 0, alors f(∑i>pλiei)=0f(\sum_{i > p} \lambda_i e_i) = 0, donc ∑i>pλiei∈ker⁡(f)\sum_{i > p} \lambda_i e_i \in \ker(f) ; comme il est aussi combinaison de ep+1,…,ene_{p+1}, \dots, e_n (libres avec BkB_k), il est nul, donc tous les λi=0\lambda_i = 0. Ils engendrent Im⁡(f)\operatorname{Im}(f) (tout f(x)f(x), x=∑μieix = \sum \mu_i e_i, vaut ∑i>pμif(ei)\sum_{i > p} \mu_i f(e_i) car f(ei)=0f(e_i) = 0 pour i≤pi \leq p). Donc dim⁡Im⁡(f)=n−p\dim \operatorname{Im}(f) = n - p.

Capacités exigibles​

  • M11.rang — Utiliser le théorème du rang : dim⁡E=dim⁡ker⁡f+dim⁡Im⁡f\dim E = \dim \ker f + \dim \operatorname{Im} f pour conclure sur l'injectivité, la surjectivité, ou la bijectivité d'une application linéaire.
  • M11.supplementaires — Montrer que deux sous-espaces sont supplémentaires : vérifier F∩G={0}F \cap G = \{0\} et dim⁡F+dim⁡G=dim⁡E\dim F + \dim G = \dim E (ou utiliser la formule de Grassmann).

Pièges classiques​

  • La formule de Grassmann s'applique à deux sous-espaces d'un même espace : FF et GG doivent être des sous-espaces d'un même EE ; on ne peut pas l'appliquer à des sous-espaces d'espaces différents.
  • Théorème du rang : c'est une égalité de dimensions : dim⁡E=dim⁡ker⁡f+dim⁡Im⁡f\dim E = \dim \ker f + \dim \operatorname{Im} f ; il ne faut pas confondre avec l'égalité de sous-espaces E=ker⁡f⊕Im⁡fE = \ker f \oplus \operatorname{Im} f (fausse en général).
  • Injective   ⟺  \iff surjective en dimension finie : cela ne vaut que si dim⁡E=dim⁡F\dim E = \dim F ; en dimension infinie, une application peut être injective sans être surjective (ou inversement).
  • Rang d'une famille ≤\leq nombre de vecteurs : l'égalité caractérise la liberté ; si le rang est strictement inférieur, la famille est liée.
  • Supplémentarité : vérifier l'intersection ET la dimension : il ne suffit pas de vérifier que F+G=EF + G = E (la somme peut ne pas être directe) ; il faut aussi F∩G={0}F \cap G = \{0\}.
  • Grassmann : attention au signe : dim⁡(F+G)=dim⁡F+dim⁡G−dim⁡(F∩G)\dim(F + G) = \dim F + \dim G - \dim(F \cap G) ; le terme dim⁡(F∩G)\dim(F \cap G) est soustrait, pas ajouté.

Graphe de référence​

Dans R2\mathbb{R}^2, les deux droites y=xy = x (sous-espace FF) et y=−xy = -x (sous-espace GG) sont supplémentaires : leur intersection est l'origine (dimension 0) et leur somme est tout R2\mathbb{R}^2 (dimension 2). La formule de Grassmann donne dim⁡(F+G)=1+1−0=2\dim(F + G) = 1 + 1 - 0 = 2.

Deux sous-espaces supplémentaires de R^2 : y=x et y=-x

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP Maths 2, Mines PSI Maths 1 (premières parties).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.