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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

M8 — Polynômes

Objectif du chapitre. Maîtriser l'anneau des polynômes K[X]\mathbb{K}[X] (avec K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}) : opérations, division euclidienne, racines et multiplicité, polynômes scindés, et le théorème de d'Alembert-Gauss. L'objectif est de savoir factoriser un polynôme dans R[X]\mathbb{R}[X] et C[X]\mathbb{C}[X], et de déterminer la multiplicité de ses racines.

Notions​

1. L'anneau K[X]\mathbb{K}[X]​

Un polynôme de K[X]\mathbb{K}[X] est une expression P(X)=∑k=0nakXkP(X) = \sum_{k=0}^{n} a_k X^k avec ak∈Ka_k \in \mathbb{K} et an≠0a_n \neq 0 (si P≠0P \neq 0). Le degré deg⁡P=n\deg P = n est l'indice du plus haut coefficient non nul.

Opérations. L'addition et la multiplication sont celles des polynômes ; K[X]\mathbb{K}[X] est un anneau intègre (sans diviseurs de zéro). Le degré d'un produit est la somme des degrés : deg⁡(PQ)=deg⁡P+deg⁡Q\deg(PQ) = \deg P + \deg Q (si P,Q≠0P, Q \neq 0).

Division euclidienne. Soient P,A∈K[X]P, A \in \mathbb{K}[X] avec A≠0A \neq 0. Il existe des polynômes uniques QQ (quotient) et RR (reste) tels que P=AQ+RP = AQ + R avec deg⁡R<deg⁡A\deg R < \deg A. Si R=0R = 0, on dit que AA divise PP (on note A∣PA \mid P).

Divisibilité (théorème du reste). X−a∣PX - a \mid P si et seulement si P(a)=0P(a) = 0 (théorème du reste). Dans C[X]\mathbb{C}[X] (et seulement là), A∣PA \mid P si et seulement si P(a)=0P(a) = 0 pour toute racine aa de AA, avec multiplicité ; dans R[X]\mathbb{R}[X] cette caractérisation par les racines réelles ne suffit pas (ex. X2+1X^2 + 1 n'a pas de racine réelle et ne divise pas tout).

2. Racines et multiplicité​

Une racine de P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] est un a∈Ka \in \mathbb{K} tel que P(a)=0P(a) = 0. La multiplicité de aa est l'entier m≥1m \geq 1 tel que (X−a)m∣P(X - a)^m \mid P mais (X−a)m+1∤P(X - a)^{m+1} \nmid P.

Caractérisation par les dérivées. aa est racine de multiplicité ≥m\geq m si et seulement si

P(a)=P′(a)=⋯=P(m−1)(a)=0.P(a) = P'(a) = \dots = P^{(m-1)}(a) = 0.

En particulier, aa est racine double si et seulement si P(a)=P′(a)=0P(a) = P'(a) = 0 ; aa est racine simple si et seulement si P(a)=0P(a) = 0 et P′(a)≠0P'(a) \neq 0.

Méthode pour déterminer la multiplicité.

  1. Vérifier que P(a)=0P(a) = 0 (sinon aa n'est pas racine).
  2. Calculer successivement P′(a),P′′(a),…P'(a), P''(a), \dots jusqu'à la première dérivée non nulle.
  3. Si P(k)(a)=0P^{(k)}(a) = 0 pour k=0,…,m−1k = 0, \dots, m-1 et P(m)(a)≠0P^{(m)}(a) \neq 0, alors aa est racine de multiplicité exactement mm.

Exemple. Soit P(X)=X3−X2−X+1=(X−1)2(X+1)P(X) = X^3 - X^2 - X + 1 = (X - 1)^2 (X + 1).

  • P(1)=1−1−1+1=0P(1) = 1 - 1 - 1 + 1 = 0 : 11 est racine.
  • P′(X)=3X2−2X−1P'(X) = 3X^2 - 2X - 1, P′(1)=3−2−1=0P'(1) = 3 - 2 - 1 = 0 : 11 est racine de multiplicité ≥2\geq 2.
  • P′′(X)=6X−2P''(X) = 6X - 2, P′′(1)=4≠0P''(1) = 4 \neq 0 : 11 est racine double (cohérent avec le facteur (X−1)2(X - 1)^2).
  • P(−1)=−1−1+1+1=0P(-1) = -1 - 1 + 1 + 1 = 0 : −1-1 est racine.
  • P′(−1)=3+2−1=4≠0P'(-1) = 3 + 2 - 1 = 4 \neq 0 : −1-1 est racine simple (cohérent avec le facteur (X+1)(X + 1)).

Lien avec le graphe. Une racine de multiplicité impaire correspond à un croisement de la courbe avec l'axe des abscisses ; une racine de multiplicité paire correspond à un point de tangence (la courbe touche l'axe sans le traverser).

Formule de Taylor polynomiale. Pour P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] et a∈Ka \in \mathbb{K} :

P(X)=∑k=0deg⁡PP(k)(a)k! (X−a)k.P(X) = \sum_{k=0}^{\deg P} \frac{P^{(k)}(a)}{k!}\, (X - a)^k.

C'est le développement de Taylor de PP au point aa (exact, pas de reste).

3. Polynômes scindés et d'Alembert-Gauss​

Théorème de d'Alembert-Gauss (théorème fondamental de l'algèbre). Tout polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] de degré n≥1n \geq 1 admet nn racines complexes (comptées avec multiplicité). Autrement dit, PP est scindé dans C[X]\mathbb{C}[X] :

P(X)=an∏k=1n(X−rk),P(X) = a_n \prod_{k=1}^{n} (X - r_k),

où r1,…,rnr_1, \dots, r_n sont les racines (avec multiplicité) et ana_n le coefficient dominant.

Conséquences.

  • Un polynôme réel de degré impair a au moins une racine réelle (les racines complexes non réelles viennent par paires conjuguées, donc leur nombre est pair).
  • Un polynôme réel de degré nn s'écrit dans R[X]\mathbb{R}[X] comme un produit de facteurs (X−r)(X - r) (racines réelles) et de facteurs quadratiques X2+px+qX^2 + px + q de discriminant négatif, dont les racines sont complexes conjuguées.

Exemple : factoriser X3−1X^3 - 1 dans R[X]\mathbb{R}[X].

  • X=1X = 1 est racine (13−1=01^3 - 1 = 0), donc X−1∣X3−1X - 1 \mid X^3 - 1.
  • Division euclidienne : X3−1=(X−1)(X2+X+1)X^3 - 1 = (X - 1)(X^2 + X + 1).
  • Le discriminant de X2+X+1X^2 + X + 1 est Δ=1−4=−3<0\Delta = 1 - 4 = -3 < 0 : pas de racine réelle.
  • Factorisation dans R[X]\mathbb{R}[X] : X3−1=(X−1)(X2+X+1)X^3 - 1 = (X - 1)(X^2 + X + 1).
  • Dans C[X]\mathbb{C}[X] : les racines de X2+X+1X^2 + X + 1 sont −1±i32=e2iπ/3\dfrac{-1 \pm i\sqrt{3}}{2} = e^{2i\pi/3} et e4iπ/3e^{4i\pi/3}, donc X3−1=(X−1)(X−e2iπ/3)(X−e4iπ/3)X^3 - 1 = (X - 1)(X - e^{2i\pi/3})(X - e^{4i\pi/3}).

4. Relations coefficients-racines​

Soit P(X)=anXn+⋯+a1X+a0P(X) = a_n X^n + \dots + a_1 X + a_0 scindé de racines r1,…,rnr_1, \dots, r_n. Alors :

  • Degré 2 : r1+r2=−a1anr_1 + r_2 = -\dfrac{a_1}{a_n}, r1r2=a0anr_1 r_2 = \dfrac{a_0}{a_n}.
  • Degré 3 : r1+r2+r3=−a2anr_1 + r_2 + r_3 = -\dfrac{a_2}{a_n}, r1r2+r1r3+r2r3=a1anr_1 r_2 + r_1 r_3 + r_2 r_3 = \dfrac{a_1}{a_n}, r1r2r3=−a0anr_1 r_2 r_3 = -\dfrac{a_0}{a_n}.

Ces relations (formules de Viète) permettent de trouver une racine si on en connaît une autre, ou de vérifier une factorisation.

5. Fonctions polynomiales et interpolation​

La fonction polynomiale x↦P(x)x \mapsto P(x) est de classe C∞C^\infty sur R\mathbb{R} ; ses dérivées sont les polynômes dérivés P′,P′′,…P', P'', \dots. Le polynôme dérivé P′P' a pour racines les points critiques de la fonction polynomiale : les variations de PP sont donc entièrement déterminées par les racines de P′P'.

Comportement aux bornes. Si PP est de degré nn avec coefficient dominant ana_n, alors P(x)→sgn⁡(an) sgn⁡(x)n⋅(+∞)P(x) \to \operatorname{sgn}(a_n)\, \operatorname{sgn}(x)^n \cdot (+\infty) quand ∣x∣→+∞|x| \to +\infty : les branches de la courbe sont asymptotiques à celles de anxna_n x^n.

Interpolation de Lagrange (introduction). Soient x0,…,xnx_0, \dots, x_n des réels distincts et y0,…,yny_0, \dots, y_n des réels. Il existe un unique polynôme PP de degré ≤n\leq n tel que P(xk)=ykP(x_k) = y_k pour k=0,…,nk = 0, \dots, n. Ce polynôme est

P(X)=∑k=0nyk Lk(X),Lk(X)=∏j=0j≠knX−xjxk−xj.P(X) = \sum_{k=0}^{n} y_k \, L_k(X), \qquad L_k(X) = \prod_{\substack{j=0 \\ j \neq k}}^{n} \frac{X - x_j}{x_k - x_j}.

Les polynômes LkL_k sont les polynômes de Lagrange : Lk(xj)=δkjL_k(x_j) = \delta_{kj} (1 si j=kj = k, 0 sinon). L'unicité vient du fait que la différence de deux tels polynômes aurait n+1n + 1 racines, donc serait nulle (degré ≤n\leq n).

Capacités exigibles​

  • M8.factorisation — Factoriser un polynôme dans R[X]\mathbb{R}[X] : trouver les racines réelles (par essais, Viète, ou d'Alembert-Gauss), diviser par X−rX - r à chaque racine, et identifier les facteurs quadratiques irréductibles (discriminant négatif).
  • M8.multiplicite — Déterminer la multiplicité d'une racine : calculer P(a),P′(a),P′′(a),…P(a), P'(a), P''(a), \dots jusqu'à la première dérivée non nulle ; la multiplicité est l'indice de cette dérivée.

Pièges classiques​

  • Un polynôme réel de degré impair a au moins une racine réelle : les racines complexes non réelles viennent par paires conjuguées, donc leur nombre est pair ; si le degré est impair, il reste au moins une racine réelle.
  • Racine double   ⟺  P(a)=P′(a)=0\iff P(a) = P'(a) = 0 : il faut vérifier les deux conditions ; P(a)=0P(a) = 0 seul ne suffit pas (racine simple).
  • Multiplicité vs nombre de racines : un polynôme de degré nn a nn racines comptées avec multiplicité dans C\mathbb{C}, mais peut en avoir moins dans R\mathbb{R}.
  • Division euclidienne : le reste est de degré strictement inférieur au diviseur : si deg⁡R≥deg⁡A\deg R \geq \deg A, la division n'est pas terminée.
  • Relations de Viète : attention aux signes : la somme des racines est −an−1/an-a_{n-1}/a_n (signe moins), le produit est (−1)na0/an(-1)^n a_0/a_n (signe dépend du degré).
  • Polynôme nul : le polynôme nul n'a pas de degré (ou deg⁡0=−∞\deg 0 = -\infty par convention) ; les théorèmes de d'Alembert-Gauss et de division euclidienne supposent P≠0P \neq 0.

Graphe de référence​

La fonction polynomiale f(x)=x3−1f(x) = x^3 - 1 a une unique racine réelle en x=1x = 1 (les deux autres racines sont complexes : e2iπ/3e^{2i\pi/3} et e4iπ/3e^{4i\pi/3}) ; la courbe montre que ff est strictement croissante (dérivée f′(x)=3x2≥0f'(x) = 3x^2 \geq 0, nulle seulement en 00).

f(x) = x^3 - 1 (une racine réelle en 1)

Pour aller plus loin​

Ce chapitre n'a pas de renvoi spécifique dans la table du §4 de l'annexe Ressources, exercices et annales (programme non explicitement couvert par les thèmes recensés) — voir la page générale pour les manuels recommandés, les banques d'exercices gratuites et les annales par matière.