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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

M10 — Espaces vectoriels et applications linéaires

Objectif du chapitre. Poser le cadre de l'algèbre linéaire : les espaces vectoriels, les sous-espaces, les familles (libres, génératrices, bases), et les applications linéaires (noyau, image, injectivité/surjectivité). L'objectif est de savoir montrer qu'une partie est un sous-espace, prouver qu'une famille est libre, et déterminer le noyau et l'image d'une application linéaire.

Notions​

1. Espace vectoriel​

Un espace vectoriel EE sur un corps K\mathbb{K} (ici R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}) est un ensemble muni d'une addition ++ (commutative, associative, de neutre 0E0_E) et d'une multiplication par les scalaires (λ,x)↦λx(\lambda, x) \mapsto \lambda x, satisfaisant les axiomes usuels (distributivité, compatibilité, 1⋅x=x1 \cdot x = x).

Exemples. Kn\mathbb{K}^n, K[X]\mathbb{K}[X] (polynômes), C0(I,K)\mathcal{C}^0(I, \mathbb{K}) (fonctions continues), Mn(K)\mathbb{M}_n(\mathbb{K}) (matrices), les espaces de suites.

Combinaison linéaire. Soit (e1,…,ep)∈Ep(e_1, \dots, e_p) \in E^p et (λ1,…,λp)∈Kp(\lambda_1, \dots, \lambda_p) \in \mathbb{K}^p ; la combinaison linéaire est λ1e1+⋯+λpep\lambda_1 e_1 + \dots + \lambda_p e_p.

2. Sous-espaces vectoriels​

Une partie FF de EE est un sous-espace vectoriel si elle contient 0E0_E et si elle est stable par l'addition et la multiplication par les scalaires.

Caractérisation pratique. FF est un sous-espace de EE si et seulement si :

  1. 0E∈F0_E \in F ;
  2. ∀x,y∈F, x+y∈F\forall x, y \in F,\, x + y \in F ;
  3. ∀λ∈K, ∀x∈F, λx∈F\forall \lambda \in \mathbb{K},\, \forall x \in F,\, \lambda x \in F.

Sous-espace engendré. Pour une famille (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p), le sous-espace engendré Vect⁡(e1,…,ep)\operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_p) est l'ensemble des combinaisons linéaires de la famille ; c'est le plus petit sous-espace contenant la famille.

Exemples de sous-espaces. Le noyau et l'image d'une application linéaire (voir §4), les hyperplans (sous-espaces de codimension 1 — complément, non exigible), les droites vectorielles Vect⁡(e)\operatorname{Vect}(e).

3. Familles libres, génératrices, bases​

Soit (e1,…,ep)∈Ep(e_1, \dots, e_p) \in E^p.

  • Libre : la seule combinaison linéaire nulle est la triviale : λ1e1+⋯+λpep=0⇒λ1=⋯=λp=0\lambda_1 e_1 + \dots + \lambda_p e_p = 0 \Rightarrow \lambda_1 = \dots = \lambda_p = 0.
  • Génératrice : Vect⁡(e1,…,ep)=E\operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_p) = E.
  • Base : la famille est à la fois libre et génératrice.

Propriétés. (La dimension dim⁡E\dim E — le cardinal d'une base — est admise ici ; elle est définie et étudiée en M11.)

  • En dimension finie (théorème de la base incomplète) : toute famille libre est partie d'une base ; toute famille génératrice contient une base.
  • Deux bases d'un même espace vectoriel de dimension finie ont le même cardinal (la dimension dim⁡E\dim E).
  • Une famille libre de EE a au plus dim⁡E\dim E vecteurs ; une famille génératrice en a au moins dim⁡E\dim E.
  • Critère de liberté : dans un espace de dimension nn, une famille de nn vecteurs est libre si et seulement si elle est génératrice (et donc une base).

Méthode pour prouver la liberté. On suppose λ1e1+⋯+λpep=0\lambda_1 e_1 + \dots + \lambda_p e_p = 0 et on montre que λ1=⋯=λp=0\lambda_1 = \dots = \lambda_p = 0 (par passage en coordonnées dans une base, ou par manipulation algébrique).

4. Somme et somme directe​

Pour deux sous-espaces F,GF, G de EE, la somme F+G={f+g∣f∈F, g∈G}F + G = \{f + g \mid f \in F,\, g \in G\} est un sous-espace.

Somme directe. La somme F+GF + G est directe (on note F⊕GF \oplus G) si et seulement si F∩G={0}F \cap G = \{0\}, c'est-à-dire si et seulement si toute décomposition x=f+gx = f + g est unique.

Caractérisation. E=F⊕GE = F \oplus G si et seulement si :

  • F+G=EF + G = E ;
  • F∩G={0}F \cap G = \{0\}.

Dimension. Si E=F⊕GE = F \oplus G, alors dim⁡E=dim⁡F+dim⁡G\dim E = \dim F + \dim G.

Généralisation. Pour des sous-espaces F1,…,FpF_1, \dots, F_p, la somme est directe si et seulement si toute combinaison ∑i=1pfi=0\sum_{i=1}^{p} f_i = 0 avec fi∈Fif_i \in F_i implique f1=⋯=fp=0f_1 = \dots = f_p = 0 ; dans ce cas, dim⁡(∑Fi)=∑dim⁡Fi\dim(\sum F_i) = \sum \dim F_i.

Sous-espace supplémentaire. Un supplémentaire de FF dans EE est un sous-espace GG tel que E=F⊕GE = F \oplus G ; il existe toujours (prolongement de base), et n'est pas unique en général.

Exemple. Dans R2\mathbb{R}^2, soit F=Vect⁡((1,1))F = \operatorname{Vect}((1, 1)). Les supplémentaires de FF sont les droites vectorielles Vect⁡((a,b))\operatorname{Vect}((a, b)) avec (a,b)∉F(a, b) \notin F, c'est-à-dire a≠ba \neq b ; par exemple G=Vect⁡((1,−1))G = \operatorname{Vect}((1, -1)) est un supplémentaire, et R2=F⊕G\mathbb{R}^2 = F \oplus G.

5. Applications linéaires​

Une application f:E→Ff : E \to F est linéaire si f(λx+μy)=λf(x)+μf(y)f(\lambda x + \mu y) = \lambda f(x) + \mu f(y) pour tous x,y∈Ex, y \in E et λ,μ∈K\lambda, \mu \in \mathbb{K}. L'ensemble L(E,F)\mathcal{L}(E, F) des applications linéaires est un espace vectoriel.

Noyau et image.

  • Noyau : ker⁡f={x∈E∣f(x)=0F}\ker f = \{x \in E \mid f(x) = 0_F\}, sous-espace de EE.
  • Image : Im⁡f={f(x)∣x∈E}\operatorname{Im} f = \{f(x) \mid x \in E\}, sous-espace de FF.

Propriétés.

  • ff est injective si et seulement si ker⁡f={0}\ker f = \{0\}.
  • ff est surjective si et seulement si Im⁡f=F\operatorname{Im} f = F.
  • Théorème du rang (si EE est de dimension finie) : dim⁡E=dim⁡ker⁡f+dim⁡Im⁡f\dim E = \dim \ker f + \dim \operatorname{Im} f.

(le rang d'une application est défini en M11 ; le déterminant en M13).

Méthode pour déterminer ker⁡f\ker f et Im⁡f\operatorname{Im} f.

  1. Noyau : résoudre f(x)=0f(x) = 0 (système linéaire si ff est donnée par une matrice) ; le noyau est un sous-espace, on le décrit par une base.
  2. Image : l'image est le sous-espace engendré par les images d'une base de EE ; on en extrait une base (par pivot).

Image et image réciproque d'un sous-espace. Soit f:E→Ff : E \to F linéaire, GG un sous-espace de EE et HH un sous-espace de FF.

  • L'image f(G)f(G) est un sous-espace de FF.
  • L'image réciproque f−1(H)={x∈E∣f(x)∈H}f^{-1}(H) = \{x \in E \mid f(x) \in H\} est un sous-espace de EE.

En particulier, ker⁡f=f−1({0F})\ker f = f^{-1}(\{0_F\}) et Im⁡f=f(E)\operatorname{Im} f = f(E).

Exemple. Soit f:R3→R2f : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^2 définie par f(x,y,z)=(x+y,y+z)f(x, y, z) = (x + y, y + z).

  • Noyau : f(x,y,z)=(0,0)  ⟺  x+y=0f(x, y, z) = (0, 0) \iff x + y = 0 et y+z=0  ⟺  x=−yy + z = 0 \iff x = -y et z=−yz = -y. Donc ker⁡f=Vect⁡((−1,1,−1))\ker f = \operatorname{Vect}((-1, 1, -1)) (dimension 1).
  • Image : f(1,0,0)=(1,0)f(1, 0, 0) = (1, 0), f(0,1,0)=(1,1)f(0, 1, 0) = (1, 1), f(0,0,1)=(0,1)f(0, 0, 1) = (0, 1). L'image est engendrée par (1,0)(1, 0) et (0,1)(0, 1), donc Im⁡f=R2\operatorname{Im} f = \mathbb{R}^2 (dimension 2).
  • Vérification : dim⁡ker⁡f+dim⁡Im⁡f=1+2=3=dim⁡R3\dim \ker f + \dim \operatorname{Im} f = 1 + 2 = 3 = \dim \mathbb{R}^3.

6. Endomorphismes, isomorphismes, projecteurs​

  • Endomorphisme : application linéaire f:E→Ef : E \to E (même espace).
  • Isomorphisme : bijection linéaire f:E→Ff : E \to F ; les espaces EE et FF sont alors isomorphes (même dimension).
  • Projecteur : endomorphisme pp tel que p∘p=pp \circ p = p (idempotent). On a E=ker⁡p⊕Im⁡pE = \ker p \oplus \operatorname{Im} p.
  • Symétrie : endomorphisme ss tel que s∘s=ids \circ s = \mathrm{id} (involution). Caractérisation : ss est une symétrie si et seulement si s=2p−ids = 2p - \mathrm{id} pour un projecteur pp (le projecteur sur ker⁡(s−id)\ker(s - \mathrm{id})) ; dans ce cas E=ker⁡(s−id)⊕ker⁡(s+id)E = \ker(s - \mathrm{id}) \oplus \ker(s + \mathrm{id}) (image et noyau de ss). Attention : un projecteur p≠idp \neq \mathrm{id} n'est pas une symétrie (p2=pp^2 = p mais p2≠idp^2 \neq \mathrm{id}) ; la seule application qui est à la fois projecteur et symétrie est id\mathrm{id} (et 00 n'est une symétrie que si E=0E = 0).

Caractérisation du projecteur. pp est un projecteur si et seulement si p2=pp^2 = p ; dans ce cas, ker⁡p\ker p et Im⁡p\operatorname{Im} p sont supplémentaires.

Démonstrations exigibles​

Démonstration exigible — à savoir refaire : projecteurs et symétries. Soit pp un projecteur (p2=pp^2 = p). Pour x∈ker⁡(p)x \in \ker(p), p(x)=0p(x) = 0 ; pour x∈Im⁡(p)x \in \operatorname{Im}(p), p(x)=xp(x) = x. Tout y∈Ey \in E s'écrit y=p(y)+(y−p(y))y = p(y) + (y - p(y)) avec p(y)∈Im⁡(p)p(y) \in \operatorname{Im}(p) et y−p(y)∈ker⁡(p)y - p(y) \in \ker(p) (car p(y−p(y))=p(y)−p2(y)=0p(y - p(y)) = p(y) - p^2(y) = 0). La décomposition est unique (si a+b=a′+b′a + b = a' + b' avec a,a′∈Im⁡(p)a, a' \in \operatorname{Im}(p) et b,b′∈ker⁡(p)b, b' \in \ker(p), alors a−a′=b′−b∈Im⁡(p)∩ker⁡(p)={0}a - a' = b' - b \in \operatorname{Im}(p) \cap \ker(p) = \{0\}). Donc E=Im⁡(p)⊕ker⁡(p)E = \operatorname{Im}(p) \oplus \ker(p). Réciproquement, si E=F⊕GE = F \oplus G, la projection sur FF parallèlement à GG est un projecteur.

Capacités exigibles​

  • M10.sous-espace — Montrer qu'une partie est un sous-espace : vérifier les trois conditions (contient 0, stable par addition, stable par multiplication par un scalaire).
  • M10.ker-im — Déterminer le noyau et l'image d'une application linéaire : résoudre f(x)=0f(x) = 0 pour le noyau, et engendrer par les images d'une base pour l'image.

Pièges classiques​

  • Un sous-espace contient toujours 0 : c'est la première condition à vérifier ; une partie qui ne contient pas 0 n'est pas un sous-espace (ex. l'ensemble des vecteurs de norme 1).
  • « Libre » se prouve par une combinaison linéaire nulle : il faut montrer que la seule combinaison nulle est la triviale ; dire « les vecteurs ne sont pas colinéaires » ne suffit pas (sauf pour deux vecteurs).
  • Injectivité   ⟺  \iff noyau trivial : ff est injective si et seulement si ker⁡f={0}\ker f = \{0\} ; il ne suffit pas de vérifier que ff est injective sur une base.
  • Somme directe : vérifier l'intersection : F+GF + G est directe si et seulement si F∩G={0}F \cap G = \{0\} ; il ne suffit pas de vérifier que F+G=EF + G = E.
  • Théorème du rang : dim⁡E=dim⁡ker⁡f+dim⁡Im⁡f\dim E = \dim \ker f + \dim \operatorname{Im} f ; c'est une égalité de dimensions, pas de sous-espaces.
  • Projecteur : p2=pp^2 = p : vérifier p2(ei)=p(ei)p^2(e_i) = p(e_i) sur une base suffit (deux applications linéaires égales sur une base sont égales partout) ; le vrai piège est de croire qu'un projecteur est une symétrie : p2=pp^2 = p ne donne pas p2=idp^2 = \mathrm{id}, et un projecteur p≠idp \neq \mathrm{id} n'est pas une symétrie (ni un projecteur orthogonal en général).

Graphe de référence​

L'application linéaire f:R2→R2f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2 de matrice (1000)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} est le projecteur sur l'axe OxOx : le noyau est l'axe OyOy et l'image est l'axe OxOx (supplémentaires). La courbe y=0y = 0 (image) et la droite x=0x = 0 (noyau) illustrent la décomposition E=ker⁡f⊕Im⁡fE = \ker f \oplus \operatorname{Im} f.

Projecteur sur l'axe Ox (noyau = Oy, image = Ox)

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP Maths 2, Mines PSI Maths 1 (premières parties).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.