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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

M17 — Dénombrement

Objectif du chapitre. Maîtriser le comptage des objets finis : les p-listes, les arrangements, les permutations, les combinaisons, le cardinal de l'ensemble des parties, la formule de Pascal (interprétation combinatoire) et le principe des tiroirs. L'objectif est de savoir choisir entre liste, arrangement et combinaison, et de compter des mains, des mots, des anagrammes sans erreur.

Notions​

1. Cardinal, réunion disjointe, produit cartésien​

Soient AA et BB deux ensembles finis.

  • Cardinal : ∣A∣\lvert A \rvert est le nombre d'éléments de AA.
  • Réunion disjointe : si A∩B=∅A \cap B = \varnothing, alors ∣A∪B∣=∣A∣+∣B∣\lvert A \cup B \rvert = \lvert A \rvert + \lvert B \rvert (principe d'addition).
  • Produit cartésien : ∣A×B∣=∣A∣⋅∣B∣\lvert A \times B \rvert = \lvert A \rvert \cdot \lvert B \rvert (principe de multiplication).

Ces deux principes sont les outils de base du dénombrement : on décompose un dénombrement en cas disjoints (addition) et on compte les choix successifs (multiplication).

2. p-listes, arrangements, permutations​

Soit EE un ensemble de cardinal nn.

  • p-liste (ou liste de pp éléments) : une suite ordonnée (x1,…,xp)(x_1, \dots, x_p) d'éléments de EE, avec répétition autorisée. Nombre de p-listes : npn^p.
  • Arrangement de pp éléments parmi nn : une suite ordonnée (x1,…,xp)(x_1, \dots, x_p) d'éléments distincts de EE (ordre compte, sans répétition). Nombre d'arrangements :
Anp=n!(n−p)!=n⋅(n−1)⋅⋯⋅(n−p+1).A_n^p = \frac{n!}{(n - p)!} = n \cdot (n - 1) \cdot \dots \cdot (n - p + 1).
  • Permutation de nn éléments : un arrangement de nn éléments parmi nn (ordre compte, tous les éléments). Nombre de permutations : Pn=n!P_n = n!.

Relation. Anp=n!(n−p)!A_n^p = \dfrac{n!}{(n - p)!} ; en particulier Ann=n!A_n^n = n! (les permutations sont les arrangements complets).

Exemple (mots). Combien de mots de 4 lettres peut-on former avec les 26 lettres de l'alphabet ?

  • Répétition autorisée (p-listes) : 264=456 97626^4 = 456\,976 mots.
  • Sans répétition (arrangements) : A264=26⋅25⋅24⋅23=358 800A_{26}^4 = 26 \cdot 25 \cdot 24 \cdot 23 = 358\,800 mots.

Exemple (places assises). Combien de façons d'asseoir 5 personnes sur 8 chaises en ligne ? C'est un arrangement de 5 éléments parmi 8 : A85=8!/3!=67 200A_8^5 = 8! / 3! = 67\,200.

3. Applications entre ensembles finis​

Soient EE de cardinal mm et FF de cardinal nn (avec m≤nm \leq n).

  • Applications E→FE \to F : nmn^m (chaque élément de EE a nn images possibles).
  • Applications injectives E→FE \to F : Anm=n!(n−m)!A_n^m = \dfrac{n!}{(n - m)!} (on choisit mm images distinctes, l'ordre compte).
  • Applications surjectives E→FE \to F : ∑k=0n(−1)k(nk)(n−k)m\displaystyle\sum_{k=0}^{n} (-1)^k \binom{n}{k} (n - k)^m (formule d'inclusion-exclusion) ; en particulier si m=nm = n, il y a n!n! applications bijectives.

(formule complète énoncée en §8 de ce chapitre).

  • Applications bijectives E→FE \to F : n!n! si m=nm = n (les permutations), 00 sinon.

Interprétation. Le nombre d'applications injectives de EE dans FF est le nombre de façons d'étiqueter mm éléments de FF par les éléments de EE sans répétition : c'est exactement AnmA_n^m.

4. Combinaisons​

Une combinaison de pp éléments parmi nn est une partie de EE de cardinal pp (ordre ne compte pas, sans répétition). Nombre de combinaisons :

(np)=n!p! (n−p)!.\binom{n}{p} = \frac{n!}{p!\, (n - p)!}.

Relation avec les arrangements. (np)=Anpp!\binom{n}{p} = \dfrac{A_n^p}{p!} : une combinaison est un arrangement de pp éléments, modulo l'ordre (on divise par p!p! le nombre de permutations de ces pp éléments).

Propriétés des coefficients binomiaux.

  • Symétrie : (np)=(nn−p)\binom{n}{p} = \binom{n}{n - p}.
  • Formule de Pascal : (n+1p)=(np)+(np−1)\binom{n + 1}{p} = \binom{n}{p} + \binom{n}{p - 1}.
  • Somme : ∑p=0n(np)=2n\displaystyle\sum_{p = 0}^{n} \binom{n}{p} = 2^n (cardinal de l'ensemble des parties).

5. Interprétation combinatoire de la formule de Pascal​

Énoncé. (n+1p)=(np)+(np−1)\binom{n + 1}{p} = \binom{n}{p} + \binom{n}{p - 1}.

Démonstration combinatoire. Soit EE un ensemble de n+1n + 1 éléments, et a∈Ea \in E un élément fixé. Les parties de EE de cardinal pp se décomposent en deux cas disjoints :

  1. Les parties contenant aa : on choisit p−1p - 1 éléments parmi les nn restants, soit (np−1)\binom{n}{p - 1} parties.
  2. Les parties ne contenant pas aa : on choisit pp éléments parmi les nn restants, soit (np)\binom{n}{p} parties.

Par le principe d'addition, le nombre total de parties de cardinal pp est (np)+(np−1)\binom{n}{p} + \binom{n}{p - 1}.

6. Cardinal de l'ensemble des parties​

L'ensemble P(E)\mathcal{P}(E) des parties de EE (avec ∣E∣=n\lvert E \rvert = n) a pour cardinal 2n2^n.

Démonstration. Chaque élément de EE est soit dans la partie, soit hors de la partie : 22 choix par élément, donc 2n2^n parties au total. Équivalent : ∣P(E)∣=∑p=0n(np)=2n\lvert \mathcal{P}(E) \rvert = \sum_{p = 0}^{n} \binom{n}{p} = 2^n (somme des coefficients binomiaux).

7. Principe des tiroirs​

Énoncé. Si on répartit n+1n + 1 objets dans nn tiroirs, alors au moins un tiroir contient au moins deux objets.

Généralisation. Si on répartit nn objets dans kk tiroirs, alors au moins un tiroir contient au moins ⌈nk⌉\left\lceil \dfrac{n}{k} \right\rceil objets.

Application. Le principe des tiroirs est l'outil de base des démonstrations par l'absurde en combinatoire : pour montrer qu'il existe deux objets avec une propriété commune, on suppose le contraire et on aboutit à une contradiction de comptage.

Exemple. Parmi n+1n + 1 entiers, il en existe deux dont la différence est divisible par nn (les nn restes modulo nn sont les « tiroirs » ; deux entiers ont le même reste, donc leur différence est divisible par nn).

8. Formule d'inclusion-exclusion (complément)​

Soient A1,…,AkA_1, \dots, A_k des sous-ensembles d'un ensemble fini EE. Le principe d'inclusion-exclusion (cas général kk quelconque — complément, l'annexe s'arrête à la réunion disjointe et au crible k=2k = 2) donne le cardinal de la réunion :

∣A1∪⋯∪Ak∣=∑i∣Ai∣−∑i<j∣Ai∩Aj∣+∑i<j<ℓ∣Ai∩Aj∩Aℓ∣−⋯+(−1)k+1∣A1∩⋯∩Ak∣.\lvert A_1 \cup \dots \cup A_k \rvert = \sum_{i} \lvert A_i \rvert - \sum_{i < j} \lvert A_i \cap A_j \rvert + \sum_{i < j < \ell} \lvert A_i \cap A_j \cap A_\ell \rvert - \dots + (-1)^{k+1} \lvert A_1 \cap \dots \cap A_k \rvert.

Cas k=2k = 2. ∣A∪B∣=∣A∣+∣B∣−∣A∩B∣\lvert A \cup B \rvert = \lvert A \rvert + \lvert B \rvert - \lvert A \cap B \rvert (on soustrait l'intersection comptée deux fois).

Cas k=3k = 3. ∣A∪B∪C∣=∣A∣+∣B∣+∣C∣−∣A∩B∣−∣A∩C∣−∣B∩C∣+∣A∩B∩C∣\lvert A \cup B \cup C \rvert = \lvert A \rvert + \lvert B \rvert + \lvert C \rvert - \lvert A \cap B \rvert - \lvert A \cap C \rvert - \lvert B \cap C \rvert + \lvert A \cap B \cap C \rvert.

Application (complément). Le nombre d'applications surjectives E→FE \to F (avec ∣E∣=m\lvert E \rvert = m, ∣F∣=n\lvert F \rvert = n) est ∑k=0n(−1)k(nk)(n−k)m\displaystyle\sum_{k=0}^{n} (-1)^k \binom{n}{k} (n - k)^m : on compte les applications qui « ratent » au moins un élément de FF, et on applique inclusion-exclusion. C'est aussi le nombre de mots de longueur mm sur un alphabet de nn lettres utilisant toutes les lettres.

9. Anagrammes avec répétitions​

Le nombre d'anagrammes d'un mot de nn lettres, où la lettre aia_i apparaît mim_i fois (avec ∑mi=n\sum m_i = n), est

n!m1! m2! … mk!.\frac{n!}{m_1!\, m_2!\, \dots\, m_k!}.

Justification. Sans répétition, il y a n!n! anagrammes ; mais les lettres identiques sont indistinguables, donc on a compté chaque anagramme m1!⋅m2!⋅⋯⋅mk!m_1! \cdot m_2! \cdot \dots \cdot m_k! fois (les permutations des lettres identiques). On divise par ce facteur.

Exemple. Le mot « PRÉPA » (5 lettres, PP deux fois) a 5!2!=60\dfrac{5!}{2!} = 60 anagrammes. Le mot « MATHÉMATIQUES » (13 lettres, MM, AA, TT, EE deux fois) a 13!(2!)4\dfrac{13!}{(2!)^4} anagrammes.

Capacités exigibles​

  • M17.combinatoire — Choisir entre liste, arrangement et combinaison : identifier si l'ordre compte (liste/arrangement) ou non (combinaison), si la répétition est autorisée (liste) ou non (arrangement/combinaison), et appliquer la formule correspondante.

Pièges classiques​

  • Arrangement = l'ordre compte, combinaison = l'ordre ne compte pas : c'est la distinction essentielle ; un arrangement est une suite ordonnée, une combinaison est une partie (non ordonnée).
  • Les anagrammes avec répétitions divisent par les factorielles des multiplicités : on divise par mi!m_i! pour chaque lettre aia_i de multiplicité mim_i ; oublier cette division donne un résultat trop grand.
  • p-liste : répétition autorisée : le nombre de p-listes est npn^p (pas AnpA_n^p) ; la répétition est autorisée dans une p-liste, interdite dans un arrangement.
  • Formule de Pascal : (n+1p)=(np)+(np−1)\binom{n+1}{p} = \binom{n}{p} + \binom{n}{p-1} : il ne faut pas confondre avec (np)+(np+1)\binom{n}{p} + \binom{n}{p+1} (faux) ; l'interprétation combinatoire (contient aa / ne contient pas aa) est l'outil de mémorisation.
  • Principe des tiroirs : c'est un outil de démonstration, pas de comptage : il ne donne pas le nombre exact d'objets dans un tiroir, mais un minorant (au moins ⌈n/k⌉\lceil n/k \rceil) ; il sert à prouver l'existence, pas à compter.
  • Combinaisons : (np)=0\binom{n}{p} = 0 si p>np > n : par convention, on ne peut pas choisir plus d'éléments qu'il n'y en a ; la formule n!p!(n−p)!\dfrac{n!}{p!(n-p)!} n'est pas définie pour p>np > n.

Graphe de référence​

Le nombre de combinaisons (np)\binom{n}{p} en fonction de nn (pour p=n/2p = n/2) croît comme 2π 2nn\sqrt{\dfrac{2}{\pi}}\,\dfrac{2^n}{\sqrt{n}} (loi de Stirling, complément hors programme) ; la courbe (n⌊n/2⌋)\binom{n}{\lfloor n/2 \rfloor} illustre la croissance combinatoire (exponentielle amortie par n\sqrt{n}).

binom(n, n/2) — croissance combinatoire

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP et e3a (exercice de probabilités, souvent 100 % PCSI).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.