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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

M16 — Espaces préhilbertiens réels

Objectif du chapitre. Poser la géométrie euclidienne en dimension finie : le produit scalaire, la norme, l'inégalité de Cauchy-Schwarz, les familles orthonormées, le procédé de Gram-Schmidt, la projection orthogonale et la distance à un sous-espace. L'objectif est de savoir orthonormaliser une famille de vecteurs et calculer une projection orthogonale (et une distance).

Définition (espace préhilbertien). Un espace préhilbertien réel est un espace vectoriel réel EE muni d'un produit scalaire ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle (forme bilinéaire symétrique définie positive). On dit « pré-hilbertien » car il n'est pas nécessairement complet (un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet pour la norme associée, cf. M16/MPSI) ; en dimension finie, tout espace préhilbertien est automatiquement complet, la distinction n'apparaît qu'en dimension infinie.

Notions​

1. Produit scalaire et norme​

Un produit scalaire sur un espace vectoriel réel EE est une forme bilinéaire symétrique définie positive : x⋅x≥0x \cdot x \geq 0 et x⋅x=0  ⟺  x=0x \cdot x = 0 \iff x = 0. On note ⟨x,y⟩\langle x, y \rangle le produit scalaire.

Norme euclidienne. ∥x∥=⟨x,x⟩\|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}. La norme est compatible avec le produit scalaire : ∥x∥2=⟨x,x⟩\|x\|^2 = \langle x, x \rangle.

Exemple canonique. Dans Rn\mathbb{R}^n, ⟨(xi),(yi)⟩=∑i=1nxiyi\langle (x_i), (y_i) \rangle = \sum_{i=1}^{n} x_i y_i ; la norme est ∥x∥=∑xi2\|x\| = \sqrt{\sum x_i^2}.

2. Inégalités fondamentales​

Inégalité de Cauchy-Schwarz. Pour tous x,y∈Ex, y \in E :

∣⟨x,y⟩∣≤∥x∥ ∥y∥.|\langle x, y \rangle| \leq \|x\|\, \|y\|.

L'égalité se vérifie si et seulement si xx et yy sont colinéaires.

Inégalité triangulaire. ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\|x + y\| \leq \|x\| + \|y\| ; et la double inégalité triangulaire : ∣∥x∥−∥y∥∣≤∥x−y∥\big|\|x\| - \|y\|\big| \leq \|x - y\|.

Écart angulaire. Si x,y≠0x, y \neq 0, on définit cos⁡θ=⟨x,y⟩∥x∥ ∥y∥\cos \theta = \dfrac{\langle x, y \rangle}{\|x\|\, \|y\|} ; l'angle θ∈[0,π]\theta \in [0, \pi] est l'angle entre xx et yy.

Polynôme et norme. Pour un polynôme P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] muni du produit scalaire ⟨P,Q⟩=∫01P(x)Q(x) dx\langle P, Q \rangle = \int_0^1 P(x) Q(x)\, dx (produit scalaire L2L^2), la norme est ∥P∥=∫01P2\|P\| = \sqrt{\int_0^1 P^2} ; c'est le cadre des polynômes orthogonaux (Légendre, Tchebychev — culture) et de l'approximation de moindres carrés : le polynôme de degré ≤n\leq n qui minimise ∫01(f−P)2\int_0^1 (f - P)^2 est la projection orthogonale de ff sur l'espace des polynômes de degré ≤n\leq n.

3. Orthogonalité et familles orthonormées​

  • Orthogonalité : x⊥yx \perp y si et seulement si ⟨x,y⟩=0\langle x, y \rangle = 0.
  • Famille orthogonale : famille dont les vecteurs sont deux à deux orthogonaux.
  • Famille orthonormée : famille orthogonale dont les vecteurs sont de norme 1.

Propriétés.

  • Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre.
  • Si (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) est une base orthonormée de EE, alors pour tout x∈Ex \in E : x=∑i=1n⟨x,ei⟩eix = \sum_{i=1}^{n} \langle x, e_i \rangle e_i et ∥x∥2=∑i=1n⟨x,ei⟩2\|x\|^2 = \sum_{i=1}^{n} \langle x, e_i \rangle^2 (relation de Parseval).
  • Les coordonnées de xx dans une base orthonormée sont ⟨x,ei⟩\langle x, e_i \rangle (les coordonnées orthogonales).

4. Procédé de Gram-Schmidt​

Objectif. Orthonormaliser une famille libre (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) de EE.

Algorithme. On construit (u1,…,un)(u_1, \dots, u_n) par récurrence :

  1. u1=e1∥e1∥u_1 = \dfrac{e_1}{\|e_1\|}.
  2. Pour k≥2k \geq 2 : vk=ek−∑i=1k−1⟨ek,ui⟩uiv_k = e_k - \sum_{i=1}^{k-1} \langle e_k, u_i \rangle u_i (projection de eke_k sur le complémentaire de Vect⁡(u1,…,uk−1)\operatorname{Vect}(u_1, \dots, u_{k-1})), puis uk=vk∥vk∥u_k = \dfrac{v_k}{\|v_k\|}.

Propriétés.

  • (u1,…,un)(u_1, \dots, u_n) est une base orthonormée de EE.
  • Vect⁡(u1,…,uk)=Vect⁡(e1,…,ek)\operatorname{Vect}(u_1, \dots, u_k) = \operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_k) pour tout kk (on ne change pas l'espace engendré, on change seulement la base).
  • Le procédé échoue si la famille (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) est liée (un vkv_k est nul, donc ∥vk∥=0\|v_k\| = 0 et la normalisation est impossible).

Exemple (3 vecteurs dans R3\mathbb{R}^3). Orthonormaliser (e1,e2,e3)=((1,0,1),(1,1,0),(1,1,1))(e_1, e_2, e_3) = \big((1, 0, 1), (1, 1, 0), (1, 1, 1)\big).

  • u1=(1,0,1)∥(1,0,1)∥=(1,0,1)2u_1 = \dfrac{(1, 0, 1)}{\|(1, 0, 1)\|} = \dfrac{(1, 0, 1)}{\sqrt{2}}.
  • v2=e2−⟨e2,u1⟩u1=(1,1,0)−12⋅(1,0,1)2=(1,1,0)−12(1,0,1)=(12,1,−12)v_2 = e_2 - \langle e_2, u_1 \rangle u_1 = (1, 1, 0) - \dfrac{1}{\sqrt{2}} \cdot \dfrac{(1, 0, 1)}{\sqrt{2}} = (1, 1, 0) - \dfrac{1}{2}(1, 0, 1) = \left(\dfrac{1}{2}, 1, -\dfrac{1}{2}\right). On normalise : ∥v2∥=14+1+14=32\|v_2\| = \sqrt{\dfrac{1}{4} + 1 + \dfrac{1}{4}} = \sqrt{\dfrac{3}{2}}, donc u2=v2∥v2∥=(1,2,−1)6u_2 = \dfrac{v_2}{\|v_2\|} = \dfrac{(1, 2, -1)}{\sqrt{6}} (après multiplication par 2).
  • v3=e3−⟨e3,u1⟩u1−⟨e3,u2⟩u2v_3 = e_3 - \langle e_3, u_1 \rangle u_1 - \langle e_3, u_2 \rangle u_2. On a ⟨e3,u1⟩=1+0+12=2\langle e_3, u_1 \rangle = \dfrac{1 + 0 + 1}{\sqrt{2}} = \sqrt{2} et ⟨e3,u2⟩=1+2−16=26\langle e_3, u_2 \rangle = \dfrac{1 + 2 - 1}{\sqrt{6}} = \dfrac{2}{\sqrt{6}}. Donc
v3=(1,1,1)−2 (1,0,1)2−26 (1,2,−1)6=(1,1,1)−(1,0,1)−13(1,2,−1)=(−13,13,13).v_3 = (1, 1, 1) - \sqrt{2}\, \frac{(1, 0, 1)}{\sqrt{2}} - \frac{2}{\sqrt{6}}\, \frac{(1, 2, -1)}{\sqrt{6}} = (1, 1, 1) - (1, 0, 1) - \frac{1}{3}(1, 2, -1) = \left(-\frac{1}{3}, \frac{1}{3}, \frac{1}{3}\right).

On normalise : ∥v3∥=19+19+19=13\|v_3\| = \sqrt{\dfrac{1}{9} + \dfrac{1}{9} + \dfrac{1}{9}} = \dfrac{1}{\sqrt{3}}, donc u3=(−1,1,1)3u_3 = \dfrac{(-1, 1, 1)}{\sqrt{3}}.

La base orthonormée est {(1,0,1)2, (1,2,−1)6, (−1,1,1)3}\left\{\dfrac{(1, 0, 1)}{\sqrt{2}},\, \dfrac{(1, 2, -1)}{\sqrt{6}},\, \dfrac{(-1, 1, 1)}{\sqrt{3}}\right\}.

5. Projection orthogonale sur un sous-espace​

Soit FF un sous-espace vectoriel de EE de dimension finie, et (e1,…,em)(e_1, \dots, e_m) une base orthonormée de FF. La projection orthogonale pF:E→Fp_F : E \to F est définie par

pF(x)=∑i=1m⟨x,ei⟩ei.p_F(x) = \sum_{i=1}^{m} \langle x, e_i \rangle e_i.

Propriétés.

  • pFp_F est un projecteur (pF2=pFp_F^2 = p_F) ; Im⁡pF=F\operatorname{Im} p_F = F et ker⁡pF=F⊥\ker p_F = F^{\perp} (supplémentaire orthogonal de FF).
  • E=F⊕F⊥E = F \oplus F^{\perp} (décomposition en somme directe).
  • x−pF(x)⊥Fx - p_F(x) \perp F (le vecteur x−pF(x)x - p_F(x) est orthogonal à FF).
  • Meilleur approché : pF(x)p_F(x) est le seul vecteur de FF qui minimise la distance ∥x−y∥\|x - y\| pour y∈Fy \in F ; c'est-à-dire ∥x−pF(x)∥≤∥x−y∥\|x - p_F(x)\| \leq \|x - y\| pour tout y∈Fy \in F.

Exemple. Soit F=Vect⁡((1,1))F = \operatorname{Vect}((1, 1)) dans R2\mathbb{R}^2 et x=(3,1)x = (3, 1). La base orthonormée de FF est {(1,1)2}\left\{\dfrac{(1, 1)}{\sqrt{2}}\right\}. La projection est

pF(x)=⟨(3,1),(1,1)2⟩(1,1)2=42⋅(1,1)2=2(1,1)=(2,2).p_F(x) = \left\langle (3, 1), \frac{(1, 1)}{\sqrt{2}} \right\rangle \frac{(1, 1)}{\sqrt{2}} = \frac{4}{\sqrt{2}} \cdot \frac{(1, 1)}{\sqrt{2}} = 2(1, 1) = (2, 2).

La distance de xx à FF est ∥x−pF(x)∥=∥(3,1)−(2,2)∥=∥(1,−1)∥=2\|x - p_F(x)\| = \|(3, 1) - (2, 2)\| = \|(1, -1)\| = \sqrt{2}.

6. Distance à un sous-espace et supplémentaire orthogonal​

Distance. La distance d'un vecteur xx à un sous-espace FF de dimension finie est

d(x,F)=min⁡y∈F∥x−y∥=∥x−pF(x)∥.d(x, F) = \min_{y \in F} \|x - y\| = \|x - p_F(x)\|.

C'est la norme du composant orthogonal de xx (le vecteur x−pF(x)x - p_F(x)).

Supplémentaire orthogonal. Pour tout sous-espace FF de dimension finie, on a E=F⊕F⊥E = F \oplus F^{\perp} ; F⊥F^{\perp} est le supplémentaire orthogonal de FF. Si FF est un hyperplan (codimension 1), alors F⊥F^{\perp} est une droite vectorielle (engendrée par un vecteur normal à FF).

Exemple (hyperplan). Dans R3\mathbb{R}^3, soit FF le plan d'équation x+y+z=0x + y + z = 0 (hyperplan de vecteur normal n=(1,1,1)n = (1, 1, 1)). Alors F⊥=Vect⁡((1,1,1))F^{\perp} = \operatorname{Vect}((1, 1, 1)) ; la projection orthogonale d'un vecteur xx sur FF est pF(x)=x−⟨x,n⟩∥n∥2 n=x−x1+x2+x33(1,1,1)p_F(x) = x - \dfrac{\langle x, n \rangle}{\|n\|^2}\, n = x - \dfrac{x_1 + x_2 + x_3}{3}(1, 1, 1). La distance de xx au plan est ∥x−pF(x)∥=∣x1+x2+x3∣3\|x - p_F(x)\| = \dfrac{|x_1 + x_2 + x_3|}{\sqrt{3}}.

Démonstrations exigibles​

Démonstrations exigibles — à savoir refaire : Cauchy-Schwarz et Gram-Schmidt. Cauchy-Schwarz : pour x,y∈Ex, y \in E, si y≠0y \neq 0, la fonction t↦∥x+t y∥2≥0t \mapsto \|x + t\,y\|^2 \geq 0 est un polynôme du second degré en tt qui ne s'annule jamais (ou a une racine double) ; son discriminant est Δ=4(⟨x,y⟩2−∥x∥2∥y∥2)≤0\Delta = 4(\langle x, y\rangle^2 - \|x\|^2\|y\|^2) \leq 0, donc ∣⟨x,y⟩∣≤∥x∥∥y∥|\langle x, y\rangle| \leq \|x\|\|y\|. Gram-Schmidt : soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) une base libre. On pose u1=e1u_1 = e_1, e1′=u1/∥u1∥e_1' = u_1/\|u_1\| ; puis uk=ek−∑j<k⟨ek,ej′⟩ej′u_k = e_k - \sum_{j < k}\langle e_k, e_j'\rangle e_j', ek′=uk/∥uk∥e_k' = u_k/\|u_k\|. Par construction, ⟨uk,ej′⟩=0\langle u_k, e_j'\rangle = 0 pour j<kj < k (les ej′e_j' sont orthonormés) ; la famille (e1′,…,en′)(e_1', \dots, e_n') est donc orthonormée et engendre le même espace que (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n).

Capacités exigibles​

  • M16.gram-schmidt — Orthonormaliser une famille de vecteurs : appliquer l'algorithme de Gram-Schmidt (soustraire les projections, normaliser) ; vérifier que la famille est libre (sinon le procédé échoue).
  • M16.projection — Calculer une projection orthogonale : choisir une base orthonormée du sous-espace, appliquer la formule pF(x)=∑⟨x,ei⟩eip_F(x) = \sum \langle x, e_i \rangle e_i, et calculer la distance ∥x−pF(x)∥\|x - p_F(x)\| si nécessaire.

Pièges classiques​

  • Gram-Schmidt échoue si la famille est liée : si la famille (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) est liée, un vkv_k est nul et la normalisation vk∥vk∥\dfrac{v_k}{\|v_k\|} est impossible ; il faut d'abord vérifier la liberté.
  • La projection est le meilleur approché dans le sous-espace : pF(x)p_F(x) minimise la distance ∥x−y∥\|x - y\| pour y∈Fy \in F ; la projection orthogonale est unique (elle ne dépend que de FF et de F⊥F^\perp), tandis qu'une projection parallèle dépend du supplémentaire GG choisi (x=pF(x)+gx = p_F(x) + g avec g∈Gg \in G) — il ne faut pas confondre les deux.
  • Base orthonormée, pas seulement orthogonale : la formule de projection pF(x)=∑⟨x,ei⟩eip_F(x) = \sum \langle x, e_i \rangle e_i suppose que (e1,…,em)(e_1, \dots, e_m) est orthonormée (norme 1) ; si la base est seulement orthogonale, il faut diviser par ∥ei∥2\|e_i\|^2.
  • Supplémentaire orthogonal : E=F⊕F⊥E = F \oplus F^{\perp} : la décomposition est directe et orthogonale ; F⊥F^{\perp} n'est pas unique (il existe d'autres supplémentaires), mais F⊥F^{\perp} est le seul supplémentaire orthogonal.
  • Distance à un sous-espace : c'est la norme du composant orthogonal : d(x,F)=∥x−pF(x)∥d(x, F) = \|x - p_F(x)\| ; il ne faut pas confondre avec la distance à un point (qui est ∥x−a∥\|x - a\|).
  • Cauchy-Schwarz : l'égalité caractérise la colinéarité : ⟨x,y⟩=∥x∥∥y∥\langle x, y \rangle = \|x\|\|y\| si et seulement si xx et yy sont colinéaires de même sens ; ⟨x,y⟩=−∥x∥∥y∥\langle x, y \rangle = -\|x\|\|y\| si et seulement si colinéaires de sens opposé.

Graphe de référence​

La projection orthogonale du point x=(3,1)x = (3, 1) sur la droite y=xy = x (sous-espace F=Vect⁡((1,1))F = \operatorname{Vect}((1, 1))) est le point pF(x)=(2,2)p_F(x) = (2, 2) ; la distance est 2\sqrt{2}. Le graphe montre la droite y=xy = x, le point xx, sa projection, et le vecteur orthogonal x−pF(x)=(1,−1)x - p_F(x) = (1, -1).

Projection orthogonale de (3,1) sur la droite y=x

Pour aller plus loin​

Ce chapitre n'a pas de renvoi spécifique dans la table du §4 de l'annexe Ressources, exercices et annales (programme non explicitement couvert par les thèmes recensés) — voir la page générale pour les manuels recommandés, les banques d'exercices gratuites et les annales par matière.