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M19 — Variables aléatoires sur un espace fini

Objectif du chapitre. Étudier les variables aléatoires sur un espace fini : les lois usuelles (uniforme, Bernoulli, binomiale), l'espérance, la variance et l'écart-type, la covariance, la variance d'une somme, et les inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev. L'objectif est de savoir reconnaître une loi binomiale, calculer l'espérance et la variance d'une somme, et utiliser Tchebychev pour majorer une probabilité.

Notions​

1. Variable aléatoire et loi​

Soit (Ω,P)(\Omega, P) un espace probabilisé fini. Une variable aléatoire (v.a.) réelle XX est une application X:Ω→RX : \Omega \to \mathbb{R}. La loi de XX est la liste des valeurs xix_i prises par XX et des probabilités pi=P(X=xi)p_i = P(X = x_i) (avec ∑pi=1\sum p_i = 1).

Fonction d'une variable. Si g:R→Rg : \mathbb{R} \to \mathbb{R} est une fonction, alors g(X)g(X) est une v.a. de loi : P(g(X)=y)=∑{i∣g(xi)=y}piP(g(X) = y) = \sum_{\{i \mid g(x_i) = y\}} p_i.

2. Lois usuelles​

  • Loi uniforme sur {a,…,b}\{a, \dots, b\} : P(X=k)=1b−a+1P(X = k) = \dfrac{1}{b - a + 1} pour k∈{a,…,b}k \in \{a, \dots, b\}. Espérance a+b2\dfrac{a + b}{2}, variance (b−a+1)2−112\dfrac{(b - a + 1)^2 - 1}{12}.
  • Loi de Bernoulli de paramètre pp : P(X=1)=pP(X = 1) = p, P(X=0)=1−pP(X = 0) = 1 - p. Espérance pp, variance p(1−p)p(1 - p).
  • Loi binomiale B(n,p)\mathcal{B}(n, p) : somme de nn variables de Bernoulli indépendantes de paramètre pp. P(X=k)=(nk)pk(1−p)n−kP(X = k) = \binom{n}{k} p^k (1 - p)^{n - k} pour k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\} (le coefficient (nk)\binom{n}{k} compte le nombre de suites de nn épreuves avec kk succès — cf. M17, dénombrement). Espérance npnp, variance np(1−p)np(1 - p).

Reconnaître une loi binomiale. On a une loi binomiale B(n,p)\mathcal{B}(n, p) si :

  1. L'expérience se décompose en nn épreuves identiques et indépendantes.
  2. Chaque épreuve a deux issues (succès / échec) avec la même probabilité pp de succès.
  3. XX compte le nombre de succès sur les nn épreuves.

3. Espérance​

L'espérance d'une v.a. XX est

E(X)=∑ixi pi.\mathbb{E}(X) = \sum_i x_i\, p_i.

Propriétés.

  • Linéarité : E(aX+bY)=a E(X)+b E(Y)\mathbb{E}(aX + bY) = a\, \mathbb{E}(X) + b\, \mathbb{E}(Y) (pour des constantes a,ba, b).
  • Théorème de transfert : E(g(X))=∑ig(xi) pi\mathbb{E}(g(X)) = \sum_i g(x_i)\, p_i (on applique gg aux valeurs, pas aux probabilités).
  • E(X)=μ\mathbb{E}(X) = \mu est la valeur moyenne de XX ; si XX est uniformément distribuée sur {a,…,b}\{a, \dots, b\}, E(X)=a+b2\mathbb{E}(X) = \dfrac{a + b}{2}.

4. Variance et écart-type​

La variance de XX est

Var(X)=E[(X−E(X))2]=E(X2)−E(X)2.\mathrm{Var}(X) = \mathbb{E}\big[(X - \mathbb{E}(X))^2\big] = \mathbb{E}(X^2) - \mathbb{E}(X)^2.

L'écart-type est σ(X)=Var(X)\sigma(X) = \sqrt{\mathrm{Var}(X)}.

Propriétés.

  • Var(aX+b)=a2 Var(X)\mathrm{Var}(aX + b) = a^2\, \mathrm{Var}(X) (la constante bb n'a pas d'effet).
  • Var(X)=0\mathrm{Var}(X) = 0 si et seulement si XX est constante (presque sûrement).
  • Si XX suit B(n,p)\mathcal{B}(n, p), alors Var(X)=np(1−p)\mathrm{Var}(X) = np(1 - p).

5. Couples de variables, lois marginales et conditionnelles​

Soient XX et YY deux v.a. sur le même espace fini.

  • Loi conjointe : P(X=xi,Y=yj)P(X = x_i, Y = y_j) pour tous les couples (xi,yj)(x_i, y_j).
  • Lois marginales : P(X=xi)=∑jP(X=xi,Y=yj)P(X = x_i) = \sum_j P(X = x_i, Y = y_j) (et symétriquement pour YY).
  • Loi conditionnelle : P(X=xi∣Y=yj)=P(X=xi,Y=yj)P(Y=yj)P(X = x_i \mid Y = y_j) = \dfrac{P(X = x_i, Y = y_j)}{P(Y = y_j)} (si P(Y=yj)>0P(Y = y_j) > 0).

Indépendance. XX et YY sont indépendants si et seulement si P(X=xi,Y=yj)=P(X=xi) P(Y=yj)P(X = x_i, Y = y_j) = P(X = x_i)\, P(Y = y_j) pour tous les couples (xi,yj)(x_i, y_j).

6. Covariance et variance d'une somme​

La covariance de XX et YY est

Cov(X,Y)=E[(X−E(X))(Y−E(Y))]=E(XY)−E(X) E(Y).\mathrm{Cov}(X, Y) = \mathbb{E}\big[(X - \mathbb{E}(X))(Y - \mathbb{E}(Y))\big] = \mathbb{E}(XY) - \mathbb{E}(X)\, \mathbb{E}(Y).

Variance d'une somme.

Var(X+Y)=Var(X)+Var(Y)+2 Cov(X,Y).\mathrm{Var}(X + Y) = \mathrm{Var}(X) + \mathrm{Var}(Y) + 2\, \mathrm{Cov}(X, Y).

Conséquences.

  • Si XX et YY sont indépendants, alors Cov(X,Y)=0\mathrm{Cov}(X, Y) = 0 et Var(X+Y)=Var(X)+Var(Y)\mathrm{Var}(X + Y) = \mathrm{Var}(X) + \mathrm{Var}(Y).
  • Si XX et YY sont indépendantes et de même loi (loi LL), alors Var(X+Y)=2 Var(L)\mathrm{Var}(X + Y) = 2\, \mathrm{Var}(L).
  • Attention : Cov(X,Y)=0\mathrm{Cov}(X, Y) = 0 n'implique pas l'indépendance (l'indépendance implique la covariance nulle, pas la réciproque).

Exemple (somme de Bernoulli). Soient X1,…,XnX_1, \dots, X_n des variables de Bernoulli indépendantes de paramètre pp, et S=∑i=1nXiS = \sum_{i=1}^{n} X_i (loi binomiale B(n,p)\mathcal{B}(n, p)). Alors

E(S)=∑i=1nE(Xi)=np,Var(S)=∑i=1nVar(Xi)=np(1−p)\mathbb{E}(S) = \sum_{i=1}^{n} \mathbb{E}(X_i) = np, \qquad \mathrm{Var}(S) = \sum_{i=1}^{n} \mathrm{Var}(X_i) = np(1 - p)

(l'indépendance annule les covariances croisées).

7. Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev​

Inégalité de Markov. Si X≥0X \geq 0 et a>0a > 0, alors

P(X≥a)≤E(X)a.P(X \geq a) \leq \frac{\mathbb{E}(X)}{a}.

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Pour tout a>0a > 0,

P(∣X−E(X)∣≥a)≤Var(X)a2.P\big(|X - \mathbb{E}(X)| \geq a\big) \leq \frac{\mathrm{Var}(X)}{a^2}.

Application. Ces inégalités permettent de majorer une probabilité (de déviation) à partir de l'espérance et de la variance, sans connaître la loi exacte. C'est l'outil de base de la convergence en probabilité et du théorème faible des grands nombres.

Exemple. Soit X∼B(100,0.5)X \sim \mathcal{B}(100, 0.5) (lancer 100 fois une pièce équilibrée, XX = nombre de faces). E(X)=50\mathbb{E}(X) = 50, Var(X)=25\mathrm{Var}(X) = 25. Tchebychev donne

P(∣X−50∣≥10)≤25100=0.25.P(|X - 50| \geq 10) \leq \frac{25}{100} = 0.25.

Donc la probabilité que XX s'écarte de 50 de plus de 10 est au plus 25%25\% (la vraie probabilité est bien plus petite, environ 4%4\%, mais Tchebychev donne une majoration générale).

8. Théorème faible des grands nombres (cas fini)​

Soient X1,…,XnX_1, \dots, X_n des variables aléatoires indépendantes et de même loi (espérance μ\mu, variance σ2<∞\sigma^2 < \infty), et Sn=1n∑i=1nXiS_n = \dfrac{1}{n} \sum_{i=1}^{n} X_i la moyenne empirique. Alors

E(Sn)=μ,Var(Sn)=σ2n.\mathbb{E}(S_n) = \mu, \qquad \mathrm{Var}(S_n) = \frac{\sigma^2}{n}.

Conséquence (Tchebychev). Pour tout ε>0\varepsilon > 0,

P(∣Sn−μ∣≥ε)≤σ2n ε2→n→∞0.P\big(|S_n - \mu| \geq \varepsilon\big) \leq \frac{\sigma^2}{n\, \varepsilon^2} \xrightarrow{n \to \infty} 0.

La moyenne empirique converge en probabilité vers l'espérance : c'est le théorème faible des grands nombres. C'est le fondement statistique de la moyenne (la moyenne d'un grand nombre de mesures est proche de la valeur moyenne).

Exemple. On mesure une grandeur nn fois, avec des erreurs indépendantes de variance σ2\sigma^2 ; la moyenne des nn mesures a une variance σ2/n\sigma^2 / n : en quadruplant le nombre de mesures, on divise l'incertitude par 2 (l'écart-type par 2). C'est le principe de la moyenne mobile et de la répétition des mesures en physique.

9. Fonction d'une variable : espérance et variance​

Soit XX une v.a. de loi {xi,pi}\{x_i, p_i\} et gg une fonction. La v.a. Y=g(X)Y = g(X) a pour espérance E(Y)=∑ig(xi) pi\mathbb{E}(Y) = \sum_i g(x_i)\, p_i (théorème de transfert). Pour la variance, on calcule E(Y2)=∑ig(xi)2 pi\mathbb{E}(Y^2) = \sum_i g(x_i)^2\, p_i puis Var(Y)=E(Y2)−E(Y)2\mathrm{Var}(Y) = \mathbb{E}(Y^2) - \mathbb{E}(Y)^2.

Exemple. Soit XX uniforme sur {1,2,3}\{1, 2, 3\} et Y=X2Y = X^2. On a E(Y)=1+4+93=143\mathbb{E}(Y) = \dfrac{1 + 4 + 9}{3} = \dfrac{14}{3} et E(Y2)=1+16+813=983\mathbb{E}(Y^2) = \dfrac{1 + 16 + 81}{3} = \dfrac{98}{3} ; donc Var(Y)=983−(143)2=98⋅3−1969=989\mathrm{Var}(Y) = \dfrac{98}{3} - \left(\dfrac{14}{3}\right)^2 = \dfrac{98 \cdot 3 - 196}{9} = \dfrac{98}{9}.

Démonstrations exigibles​

Démonstrations exigibles — à savoir refaire : Markov et Tchebychev. Markov : soit X≥0X \geq 0 et a>0a > 0. Alors a P(X≥a)≤∑x≥ax P(X=x)≤∑xx P(X=x)=E(X)a\,\mathbb{P}(X \geq a) \leq \sum_{x \geq a} x\,\mathbb{P}(X = x) \leq \sum_x x\,\mathbb{P}(X = x) = \mathbb{E}(X), donc P(X≥a)≤E(X)/a\mathbb{P}(X \geq a) \leq \mathbb{E}(X)/a. Tchebychev : soit XX d'espérance μ\mu et de variance σ2\sigma^2. En appliquant Markov à (X−μ)2≥0(X - \mu)^2 \geq 0 avec a=ε2a = \varepsilon^2 : P((X−μ)2≥ε2)≤E((X−μ)2)/ε2=σ2/ε2\mathbb{P}((X - \mu)^2 \geq \varepsilon^2) \leq \mathbb{E}((X - \mu)^2)/\varepsilon^2 = \sigma^2/\varepsilon^2. Comme (X−μ)2≥ε2⇔∣X−μ∣≥ε(X - \mu)^2 \geq \varepsilon^2 \Leftrightarrow |X - \mu| \geq \varepsilon, on a P(∣X−μ∣≥ε)≤σ2/ε2\mathbb{P}(|X - \mu| \geq \varepsilon) \leq \sigma^2/\varepsilon^2 (la loi faible est une application directe de Tchebychev).

Capacités exigibles​

  • M19.esperance-variance — Calculer l'espérance et la variance d'une somme : utiliser la linéarité de l'espérance et la formule Var(X+Y)=Var(X)+Var(Y)+2 Cov(X,Y)\mathrm{Var}(X + Y) = \mathrm{Var}(X) + \mathrm{Var}(Y) + 2\,\mathrm{Cov}(X, Y) (avec Cov=0\mathrm{Cov} = 0 si indépendance).

Pièges classiques​

  • Var(X+Y)=Var(X)+Var(Y)+2 Cov(X,Y)\mathrm{Var}(X + Y) = \mathrm{Var}(X) + \mathrm{Var}(Y) + 2\,\mathrm{Cov}(X, Y) : il ne faut pas oublier le terme de covariance ; il s'annule seulement si XX et YY sont indépendants (ou non corrélés).
  • L'indépendance annule la covariance : si XX et YY sont indépendants, alors Cov(X,Y)=0\mathrm{Cov}(X, Y) = 0 ; mais la réciproque est fausse (covariance nulle ⇏\nRightarrow indépendance).
  • Var(aX+b)=a2 Var(X)\mathrm{Var}(aX + b) = a^2\, \mathrm{Var}(X), pas a Var(X)+ba\, \mathrm{Var}(X) + b : la variance est homogène de degré 2 (le facteur aa est au carré) et invariante par translation (le terme bb disparaît).
  • Loi binomiale : indépendance des épreuves : si les épreuves ne sont pas indépendantes, la somme des Bernoulli n'est pas binomiale (même si l'espérance et la variance coïncident, la loi diffère).
  • Théorème de transfert : on applique gg aux valeurs : E(g(X))=∑g(xi)pi\mathbb{E}(g(X)) = \sum g(x_i) p_i (pas ∑g(xi)g(pi)\sum g(x_i) g(p_i)) ; la fonction gg s'applique aux valeurs de XX, pas aux probabilités.
  • Tchebychev : c'est une majoration, pas une égalité : l'inégalité donne un borne supérieure ; la vraie probabilité peut être bien plus petite (surtout pour les lois concentrées).

Graphe de référence​

La loi binomiale B(100,0.5)\mathcal{B}(100, 0.5) (lancer 100 fois une pièce) est concentrée autour de son espérance 5050 avec un écart-type 25=5\sqrt{25} = 5 ; la courbe (100k)2−100\binom{100}{k} 2^{-100} (en fonction de kk) montre la « forme de cloche » (l'approximation normale de la binomiale est un complément hors programme, à connaître comme culture).

Loi binomiale B(100, 0.5) — forme de cloche

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP et e3a (exercice de probabilités, souvent 100 % PCSI).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.