Aller au contenu principal
Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

P3.3 — Second principe

Objectif du chapitre. Étudier le second principe de la thermodynamique : l'entropie SS (fonction d'état), le bilan entropique ΔS=Seˊchangeˊe+Screˊeˊe\Delta S = S_{\text{échangée}} + S_{\text{créée}} avec Screˊeˊe≥0S_{\text{créée}} \geq 0, la réversibilité, l'entropie d'un gaz parfait et d'une phase condensée, les transferts thermiques et la température, et le diagramme (T,s)(T, s). L'objectif est de savoir établir un bilan entropique : c'est l'exercice type du chapitre.

Notions​

1. Entropie et second principe​

L'entropie SS est une fonction d'état (en J/K) qui mesure le désordre (ou le nombre de micro-états) d'un système. Le second principe s'énonce :

L'entropie d'un système isolé ne peut qu'augmenter (ou rester constante) : ΔSisoleˊ≥0\Delta S_{\text{isolé}} \geq 0.

C'est le sens des transformations : les processus naturels sont irréversibles (l'entropie augmente) ; les processus réversibles (idéaux) ont ΔS=0\Delta S = 0 (l'entropie est conservée).

Interprétation statistique. L'entropie est S=kBln⁡ΩS = k_B \ln \Omega (formule de Boltzmann), où Ω\Omega est le nombre de micro-états compatibles avec l'état macroscopique. Un système évolue vers les états plus probables (plus grand Ω\Omega, plus grande SS) : c'est le sens du temps thermodynamique.

2. Bilan entropique​

Le bilan entropique d'un système (entre deux états) s'écrit

ΔS=Seˊchangeˊe+Screˊeˊe,Screˊeˊe≥0.\boxed{\Delta S = S_{\text{échangée}} + S_{\text{créée}}, \qquad S_{\text{créée}} \geq 0.}
  • SeˊchangeˊeS_{\text{échangée}} : entropie échangée avec l'extérieur (par transfert thermique) ; elle peut être positive ou négative. Pour un transfert thermique δQ\delta Q à la température TT (réversible) : dSeˊchangeˊe=δQT\mathrm{d}S_{\text{échangée}} = \dfrac{\delta Q}{T}.
  • ScreˊeˊeS_{\text{créée}} : entropie créée par les irréversibilités (frottement, diffusion, transfert thermique à travers un écart de température, réaction chimique) ; elle est toujours positive (ou nulle pour une transformation réversible).

Point crucial. ΔS\Delta S (variation d'entropie du système) peut être négative (si le système cède de l'entropie) ; mais ScreˊeˊeS_{\text{créée}} est toujours ≥0\geq 0. Pour un système isolé (Seˊchangeˊe=0S_{\text{échangée}} = 0) : ΔS=Screˊeˊe≥0\Delta S = S_{\text{créée}} \geq 0 (second principe).

Exemple (transfert thermique). Transfert de Q=1000 JQ = 1000\,\text{J} d'un réservoir chaud (Th=500 KT_h = 500\,\text{K}) vers un réservoir froid (Tc=300 KT_c = 300\,\text{K}) :

  • Réservoir chaud : ΔSh=−Q/Th=−2,0 J/K\Delta S_h = -Q/T_h = -2{,}0\,\text{J/K} (il cède de l'entropie).
  • Réservoir froid : ΔSc=+Q/Tc=+3,33 J/K\Delta S_c = +Q/T_c = +3{,}33\,\text{J/K} (il reçoit de l'entropie).
  • Système total (les deux réservoirs) : ΔS=ΔSh+ΔSc=+1,33 J/K\Delta S = \Delta S_h + \Delta S_c = +1{,}33\,\text{J/K} ; Screˊeˊe=1,33 J/K>0S_{\text{créée}} = 1{,}33\,\text{J/K} > 0 (transfert irréversible à travers un écart de température).

3. Réversibilité​

Une transformation est réversible si elle peut être inversée sans laisser de trace dans l'univers (système + extérieur) ; c'est le cas des transformations quasi statiques sans irréversibilité (pas de frottement, pas d'écart de température, pas de diffusion). Pour une transformation réversible : Screˊeˊe=0S_{\text{créée}} = 0, et dS=δQrevT\mathrm{d}S = \dfrac{\delta Q_{\text{rev}}}{T} (la chaleur réversible divisée par la température).

Isentropique. Une transformation isentropique est une transformation réversible sans échange de chaleur (δQ=0\delta Q = 0) : comme Screˊeˊe=0S_{\text{créée}} = 0 (réversible) et δQ=0\delta Q = 0, on a dS=0\mathrm{d}S = 0 — l'entropie est constante. C'est donc une adiabatique réversible (adiabatique = sans échange de chaleur, réversible = pas d'entropie créée). La distinction est essentielle pour ch19 (machines thermiques) : un cycle de Carnot est composé de deux isothermes réversibles et de deux isentropes (adiabatiques réversibles).

Irréversibilités usuelles.

  • Transfert thermique à travers un écart de température (Th≠TcT_h \neq T_c) : Screˊeˊe=Q(1/Tc−1/Th)>0S_{\text{créée}} = Q(1/T_c - 1/T_h) > 0.
  • Détente libre (Joule) d'un gaz parfait dans le vide : Screˊeˊe=nRln⁡(V2/V1)>0S_{\text{créée}} = nR\ln(V_2/V_1) > 0 (pas de travail, pas de chaleur, mais ΔU=0\Delta U = 0).
  • Frottement (dissipation mécanique) : Screˊeˊe=Wdiss/T>0S_{\text{créée}} = W_{\text{diss}}/T > 0.
  • Diffusion (mélange) : Screˊeˊe>0S_{\text{créée}} > 0 (le mélange est plus probable que la séparation).

4. Entropie d'un gaz parfait​

Pour un gaz parfait, l'entropie (par mole) est une fonction de TT et VV (ou PP) :

dS=nCVdTT+nRdVV=nCPdTT−nRdPP.\mathrm{d}S = nC_V\frac{\mathrm{d}T}{T} + nR\frac{\mathrm{d}V}{V} = nC_P\frac{\mathrm{d}T}{T} - nR\frac{\mathrm{d}P}{P}.

Démonstration (3 lignes — à savoir refaire). Pour un gaz parfait, l'entropie est une fonction d'état ; sur une transformation réversible, dS=dQrev/T\mathrm{d}S = \mathrm{d}Q_{\text{rev}}/T. Le premier principe donne dQrev=dU+P dV=nCV dT+P dV\mathrm{d}Q_{\text{rev}} = \mathrm{d}U + P\,\mathrm{d}V = nC_V\,\mathrm{d}T + P\,\mathrm{d}V (avec dU=nCV dT\mathrm{d}U = nC_V\,\mathrm{d}T). La loi des gaz parfaits PV=nRTPV = nRT donne P=nRT/VP = nRT/V, donc P dV=nRT dV/VP\,\mathrm{d}V = nRT\,\mathrm{d}V/V. D'où dS=nCV dTT+nRdVV\mathrm{d}S = \dfrac{nC_V\,\mathrm{d}T}{T} + nR\dfrac{\mathrm{d}V}{V}. La seconde forme suit en utilisant T=PV/(nR)T = PV/(nR) (donc dT/T=dP/P+dV/V\mathrm{d}T/T = \mathrm{d}P/P + \mathrm{d}V/V) et CP=CV+RC_P = C_V + R.

Formules usuelles.

  • Isotherme (TT cste) : ΔS=nRln⁡(V2/V1)=−nRln⁡(P2/P1)\Delta S = nR\ln(V_2/V_1) = -nR\ln(P_2/P_1).
  • Isochore (VV cste) : ΔS=nCVln⁡(T2/T1)\Delta S = nC_V\ln(T_2/T_1).
  • Isobare (PP cste) : ΔS=nCPln⁡(T2/T1)\Delta S = nC_P\ln(T_2/T_1).
  • Générale : ΔS=nCVln⁡(T2/T1)+nRln⁡(V2/V1)\Delta S = nC_V\ln(T_2/T_1) + nR\ln(V_2/V_1).

Exemple. Détente isotherme réversible de 1 mol1\,\text{mol} de gaz parfait de V1=10 LV_1 = 10\,\text{L} à V2=20 LV_2 = 20\,\text{L} à T=300 KT = 300\,\text{K} : ΔS=nRln⁡2=5,76 J/K\Delta S = nR\ln 2 = 5{,}76\,\text{J/K} (l'entropie augmente : le gaz s'étale dans un volume plus grand, plus d'états possibles). La chaleur échangée est Q=TΔS=300×5,76=1729 JQ = T\Delta S = 300 \times 5{,}76 = 1729\,\text{J} (cohérent avec le chapitre P3.2, Q=−WQ = -W).

5. Entropie d'une phase condensée​

Pour une phase condensée (liquide, solide), le volume est quasi constant (incompressible) : ΔS≈nCln⁡(T2/T1)\Delta S \approx nC\ln(T_2/T_1) (avec CC la capacité thermique molaire). L'entropie dépend surtout de la température (pas du volume).

Fusion et vaporisation. À la température de fusion TfT_f (pression constante), la chaleur latente de fusion LfL_f est échangée : ΔSfusion=nLf/Tf\Delta S_{\text{fusion}} = nL_f/T_f (l'entropie augmente : le solide fond, plus de désordre). De même, à la température d'ébullition TeT_e : ΔSvap=nLv/Te\Delta S_{\text{vap}} = nL_v/T_e (la vaporisation augmente fortement l'entropie, car le gaz a beaucoup plus d'états que le liquide).

Exemple. Fusion de la glace à 0∘C0^\circ\text{C} (Tf=273 KT_f = 273\,\text{K}, Lf=334 kJ/kgL_f = 334\,\text{kJ/kg}) : ΔSfusion=Lf/Tf=334 000/273=1224 J/(kg⋅K)\Delta S_{\text{fusion}} = L_f/T_f = 334\,000/273 = 1224\,\mathrm{J/(kg·K)} (l'entropie augmente de 1224 J/(kg⋅K)1224\,\mathrm{J/(kg·K)} quand la glace fond).

6. Diagramme (T,s)(T, s)​

Le diagramme (T,s)(T, s) (température en fonction de l'entropie massique s=S/ms = S/m) est le diagramme naturel du second principe. L'aire sous une courbe (T,s)(T, s) donne la chaleur échangée : Q=∫T dSQ = \int T\,\mathrm{d}S (pour une transformation réversible).

Utilité. Les cycles thermiques (Carnot, Rankine, Brayton) se lisent facilement sur le (T,s)(T, s) : l'aire du cycle donne le travail net ; les transformations réversibles sont des courbes (isothermes horizontales, adiabates verticales), les irréversibilités sont des sauts (augmentation de ss).

Exemple (cycle de Carnot). Sur le (T,s)(T, s), le cycle de Carnot est un rectangle : deux isothermes (chauffage à ThT_h, refroidissement à TcT_c) et deux adiabates (verticales, ss constant). L'aire du rectangle (Th−Tc)Δs(T_h - T_c)\Delta s donne le travail net ; le rendement est η=1−Tc/Th\eta = 1 - T_c/T_h (chapitre P3.4).

7. Applications et prolongements (complément hors programme)​

Production d'entropie dans une machine. Dans une machine réelle (moteur, compresseur, échangeur), la production d'entropie est la mesure des pertes (frottement, écart de température, turbulence) : plus ScreˊeˊeS_{\text{créée}} est grande, plus la machine est loin de la réversibilité (et plus son rendement est faible). L'analyse exergétique (ou de l'exergie, hors programme) quantifie les pertes d'exergie (énergie « inutilisable ») dues à la production d'entropie : Wperdu=T0ScreˊeˊeW_{\text{perdu}} = T_0 S_{\text{créée}} (avec T0T_0 la température de l'environnement).

Entropie et information. L'entropie thermodynamique est liée à l'entropie informationnelle (Shannon, hors programme) : S=−kB∑piln⁡piS = -k_B \sum p_i \ln p_i (moyenne de l'information sur les micro-états). C'est le lien entre la thermodynamique et la théorie de l'information (paradoxe de Maxwell, démon de Maxwell) : l'information est une grandeur physique (effacer un bit coûte au moins kBTln⁡2k_B T \ln 2 d'énergie, limite de Landauer).

Équilibre thermodynamique. À l'équilibre, l'entropie du système isolé est maximale (pas de transformation spontanée possible) ; les critères d'équilibre sont : TT uniforme (pas de gradient de température), PP uniforme (pas de gradient de pression), μ\mu uniforme (pas de diffusion). C'est le maximum d'entropie qui définit l'équilibre (pas le minimum d'énergie, sauf à TT et PP fixes où c'est le minimum d'enthalpie libre G=H−TSG = H - TS).

Enthalpie libre de Gibbs (hors programme — Culture). À TT et PP fixes, le critère d'équilibre est le minimum de l'enthalpie libre de Gibbs G=H−TSG = H - TS ; la variation ΔG\Delta G donne le travail utile maximal (ex. réactions chimiques, électrochimie) : ΔG<0\Delta G < 0 → réaction spontanée, ΔG=0\Delta G = 0 → équilibre, ΔG>0\Delta G > 0 → réaction non spontanée (il faut fournir du travail).

Capacités exigibles​

  • P3.3.bilan-entropique — Établir un bilan entropique : écrire ΔS=Seˊchangeˊe+Screˊeˊe\Delta S = S_{\text{échangée}} + S_{\text{créée}} avec Screˊeˊe≥0S_{\text{créée}} \geq 0 ; calculer Seˊchangeˊe=∫δQ/TS_{\text{échangée}} = \int \delta Q/T (transferts thermiques) et ΔS\Delta S (via les formules du gaz parfait ou de la phase condensée) ; vérifier Screˊeˊe≥0S_{\text{créée}} \geq 0 (second principe).

Pièges classiques​

  • Screˊeˊe≥0S_{\text{créée}} \geq 0 toujours : l'entropie créée est toujours positive (ou nulle pour une transformation réversible) ; il ne faut pas la confondre avec ΔS\Delta S (qui peut être négatif si le système cède de l'entropie).
  • Système isolé : pour un système isolé (Seˊchangeˊe=0S_{\text{échangée}} = 0), ΔS=Screˊeˊe≥0\Delta S = S_{\text{créée}} \geq 0 (second principe) ; l'entropie d'un système isolé ne diminue jamais (elle est conservée pour une transformation réversible, augmente pour une transformation irréversible).
  • Transfert thermique irréversible : si la chaleur passe à travers un écart de température (Th≠TcT_h \neq T_c), il y a création d'entropie (Screˊeˊe=Q(1/Tc−1/Th)>0S_{\text{créée}} = Q(1/T_c - 1/T_h) > 0) ; pour un transfert réversible (Th=TcT_h = T_c), Screˊeˊe=0S_{\text{créée}} = 0.
  • Entropie du gaz parfait : ΔS=nCVln⁡(T2/T1)+nRln⁡(V2/V1)\Delta S = nC_V\ln(T_2/T_1) + nR\ln(V_2/V_1) ; il ne faut pas oublier le terme nRln⁡(V2/V1)nR\ln(V_2/V_1) (il est nul pour une transformation isochore, mais non nul pour une isotherme ou une isobare).
  • Chaleur latente : la fusion et la vaporisation augmentent l'entropie (ΔS=nL/T>0\Delta S = nL/T > 0) ; la solidification et la condensation diminuent l'entropie (ΔS<0\Delta S < 0) ; il ne faut pas confondre le signe (la vaporisation est endothermique et augmente SS).
  • Diagramme (T,s)(T, s) : l'aire sous la courbe donne la chaleur (pas le travail) ; le travail net d'un cycle est l'aire du cycle (sur le (P,V)(P, V) ou le (T,s)(T, s)) ; il ne faut pas confondre les deux aires.

Graphe de référence​

Entropie massique ss d'un gaz parfait (par mole) en fonction du volume VV pour une isotherme à T=300 KT = 300\,\text{K} : s=s0+Rln⁡(V/V0)s = s_0 + R\ln(V/V_0) (avec V0=10 LV_0 = 10\,\text{L}). La courbe est un logarithme : ss augmente avec VV (le gaz s'étale, plus d'états possibles). Pour V=20 LV = 20\,\text{L} : Δs=Rln⁡2=5,76 J/(mol⋅K)\Delta s = R\ln 2 = 5{,}76\,\mathrm{J/(mol·K)} ; pour V=100 LV = 100\,\text{L} : Δs=Rln⁡10=19,1 J/(mol⋅K)\Delta s = R\ln 10 = 19{,}1\,\mathrm{J/(mol·K)}.

Entropie molaire d'un gaz parfait en isotherme (T = 300 K)

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : CCINP Physique 2, Mines PSI Physique 1 (premières questions).

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.