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Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

P2.4 — Mouvement de particules chargées

Objectif du chapitre. Étudier le mouvement d'une particule chargée (électron, proton, ion) dans un champ électrique et un champ magnétique : la force de Lorentz F⃗=q(E⃗+v⃗×B⃗)\vec{F} = q(\vec{E} + \vec{v} \times \vec{B}), le mouvement dans un champ électrique uniforme (accélération, déviation), dans un champ magnétique uniforme (mouvement circulaire, rayon, pulsation cyclotron), et les applications (accélérateur, spectromètre de masse). L'objectif est de savoir décrire le mouvement d'une particule chargée : c'est l'exercice type du chapitre.

Le produit vectoriel u⃗×v⃗\vec{u} \times \vec{v} est défini dans l'annexe Outils mathématiques.

Notions​

Champs électrique et magnétique (rappel). Le champ électrique E⃗\vec{E} (en V/m) est créé par des charges (loi de Coulomb) ; il exerce une force F⃗=qE⃗\vec{F} = q\vec{E} sur une charge qq. Dans un condensateur plan, le champ est uniforme et lié à la tension par E=U/dE = U/d (UU la tension, dd l'écartement des armatures). Le champ magnétique B⃗\vec{B} (en tesla) est créé par des courants ou des aimants (chapitre ch21) ; il n'exerce de force que sur une charge en mouvement. (Ces deux champs sont introduits en ch21–ch22 ; ici on les utilise pour décrire le mouvement d'une particule chargée.)

1. Force de Lorentz​

La force de Lorentz sur une particule de charge qq et de vitesse v⃗\vec{v} dans un champ électromagnétique est

F⃗=q(E⃗+v⃗×B⃗)\boxed{\vec{F} = q\left(\vec{E} + \vec{v} \times \vec{B}\right)}
  • Terme électrique qE⃗q\vec{E} : parallèle à E⃗\vec{E}, quel que soit v⃗\vec{v} ; il travaille (modifie l'énergie cinétique).
  • Terme magnétique q(v⃗×B⃗)q(\vec{v} \times \vec{B}) : perpendiculaire à v⃗\vec{v} et à B⃗\vec{B} ; il ne travaille pas (le produit scalaire F⃗B⋅v⃗=0\vec{F}_B \cdot \vec{v} = 0) : il ne modifie pas l'énergie cinétique, seulement la direction de la vitesse.

Sens de la force magnétique. La direction de v⃗×B⃗\vec{v} \times \vec{B} est donnée par la règle de la main droite (pour q>0q > 0) ; pour une charge négative (électron), le sens est inversé.

2. Mouvement dans un champ électrique uniforme​

Dans un champ électrique uniforme E⃗\vec{E} (sans champ magnétique), la force est F⃗=qE⃗\vec{F} = q\vec{E} (constante) : l'accélération est constante a⃗=qmE⃗\vec{a} = \dfrac{q}{m}\vec{E}.

Mouvement rectiligne (v⃗0\vec{v}_0 parallèle à E⃗\vec{E}) : mouvement uniformément varié : v(t)=v0+qEmtv(t) = v_0 + \dfrac{qE}{m}t.

Mouvement parabolique (v⃗0\vec{v}_0 perpendiculaire à E⃗\vec{E}) : analogie avec la chute parabolique (le champ électrique joue le rôle de g⃗\vec{g}) :

  • x(t)=v0tx(t) = v_0 t (uniforme).
  • y(t)=12qEmt2y(t) = \dfrac{1}{2}\dfrac{qE}{m}t^2 (uniformément accéléré).

Déviation. Une particule traversant des plaques parallèles de longueur LL et de champ EE (perpendiculaire à v⃗0\vec{v}_0) subit une déviation

Δy=12qEm(Lv0)2\Delta y = \frac{1}{2}\frac{qE}{m}\left(\frac{L}{v_0}\right)^2

et sort avec un angle α=arctan⁡(qELmv02)\alpha = \arctan\left(\dfrac{qEL}{m v_0^2}\right).

Exemple. Électron (q=−eq = -e, me=9,109×10−31 kgm_e = 9{,}109 \times 10^{-31}\,\text{kg}) traversant des plaques de L=5 cmL = 5\,\text{cm}, E=100 V/mE = 100\,\text{V/m}, à v0=106 m/sv_0 = 10^6\,\text{m/s} : Δy=12⋅e⋅100me⋅(5×10−8)2≈22 mm\Delta y = \dfrac{1}{2} \cdot \dfrac{e \cdot 100}{m_e} \cdot (5 \times 10^{-8})^2 \approx 22\,\text{mm}, angle α≈41∘\alpha \approx 41^\circ (déviation vers le bas pour un électron, car q<0q < 0) — attention : α≈41∘\alpha \approx 41^\circ sort du cadre des petits angles des plaques, c'est un ordre de grandeur. C'est le principe du tube cathodique (déflexion électrostatique).

3. Mouvement dans un champ magnétique uniforme​

Dans un champ magnétique uniforme B⃗\vec{B} (sans champ électrique), la force est F⃗=q(v⃗×B⃗)\vec{F} = q(\vec{v} \times \vec{B}) : perpendiculaire à v⃗\vec{v}, donc normale à la trajectoire (force centripète).

Cas v⃗⊥B⃗\vec{v} \perp \vec{B}. La force est centripète : la particule effectue un mouvement circulaire uniforme de rayon rr et de pulsation cyclotron ωc\omega_c :

∣q∣vB=mv2r⟹r=mv∣q∣B,ωc=∣q∣Bm.|q| v B = \frac{m v^2}{r} \quad \Longrightarrow \quad r = \frac{mv}{|q|B}, \qquad \omega_c = \frac{|q|B}{m}.

Période cyclotron : Tc=2πm∣q∣BT_c = \dfrac{2\pi m}{|q|B} (indépendante de la vitesse et du rayon — propriété clé des accélérateurs).

Cas v⃗\vec{v} quelconque. On décompose v⃗=v⃗⊥+v⃗∥\vec{v} = \vec{v}_\perp + \vec{v}_\parallel (perpendiculaire et parallèle à B⃗\vec{B}) : la composante v⃗∥\vec{v}_\parallel est inchangée (pas de force dans cette direction), la composante v⃗⊥\vec{v}_\perp tourne : la trajectoire est une hélice d'axe B⃗\vec{B}, de rayon r=mv⊥∣q∣Br = \dfrac{m v_\perp}{|q|B} et de pas h=v∥Tch = v_\parallel T_c.

Cas v⃗∥B⃗\vec{v} \parallel \vec{B}. v⃗×B⃗=0\vec{v} \times \vec{B} = 0 : pas de force, mouvement rectiligne uniforme (la particule « suit » les lignes de champ).

Exemple (proton). Proton (q=+eq = +e, mp=1,67×10−27 kgm_p = 1{,}67 \times 10^{-27}\,\text{kg}) dans B=0,5 TB = 0{,}5\,\text{T}, v=106 m/sv = 10^6\,\text{m/s} (perpendiculaire) : ωc=eBmp=4,79×107 rad/s\omega_c = \dfrac{eB}{m_p} = 4{,}79 \times 10^7\,\text{rad/s} (Tc=131 nsT_c = 131\,\text{ns}), rayon r=mpveB=2,09 cmr = \dfrac{m_p v}{eB} = 2{,}09\,\text{cm}.

Exemple (électron). Électron dans les mêmes conditions : r=meveB=11 μmr = \dfrac{m_e v}{eB} = 11\,\mu\text{m} (rayon ≈ 1800 fois plus petit, car me≪mpm_e \ll m_p) : la trajectoire est très courbée.

4. Applications​

Accélérateur cyclotron. Un cyclotron accélère des ions en leur faisant parcourir des demi-cercles dans un champ magnétique, avec un champ électrique alternatif qui les accélère à chaque passage par l'intervalle accélérateur (entre les deux « dees »). La période cyclotron étant indépendante de la vitesse, le champ alternatif est synchronisé (fréquence ωc\omega_c) ; l'ion gagne de l'énergie à chaque passage et son rayon augmente (spirale) jusqu'à la vitesse maximale (limite relativiste).

Spectromètre de masse. Un spectromètre de masse sépare des ions par leur rapport masse/charge m/qm/q : les ions, accélérés par une tension UU (énergie cinétique 12mv2=qU\tfrac{1}{2}mv^2 = qU, soit v=2qU/mv = \sqrt{2qU/m}), traversent un champ magnétique et décrivent un cercle de rayon

r=mvqB=1B2mUq.r = \frac{mv}{qB} = \frac{1}{B}\sqrt{\frac{2mU}{q}}.

Les ions de différents m/qm/q tombent sur des positions différentes (détecteur) : on identifie les isotopes (rapport m/qm/q). Exemple. Proton (mpm_p) et deuton (2mp2m_p, même charge) accélérés par la même tension : le deuton a un rayon 2\sqrt{2} fois plus grand (il est plus lourd). La résolution du spectromètre (capacité à séparer deux masses proches) dépend de la précision de BB et de la longueur du trajet ; les spectromètres de masse modernes (TOF, FT-ICR) atteignent des résolutions de l'ordre de 10510^5 à 10610^6.

Tube cathodique / oscilloscope. La déflexion électrostatique (section 2) déplace le faisceau d'électrons sur l'écran ; la déflexion magnétique (section 3) est utilisée dans les tubes à rayons cathodiques anciens (aimants de déflexion).

5. Cas combinés : champs croisés (filtre de vitesse)​

Quand E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B} sont perpendiculaires l'un à l'autre (et à v⃗0\vec{v}_0), la force totale est F⃗=q(E⃗+v⃗×B⃗)\vec{F} = q(\vec{E} + \vec{v} \times \vec{B}). Pour une vitesse spéciale v0=E/Bv_0 = E/B, les deux termes s'annulent (E=v0BE = v_0 B) : la particule traverse le champ sans déviation (mouvement rectiligne). C'est le principe du filtre de vitesse (ou sélecteur de vitesse) : seules les particules de vitesse v0=E/Bv_0 = E/B passent ; les autres sont déviées. Ce dispositif est utilisé en amont d'un spectromètre de masse pour sélectionner une vitesse unique avant la séparation par m/qm/q.

Exemple. E=1000 V/mE = 1000\,\text{V/m}, B=0,1 TB = 0{,}1\,\text{T} : la vitesse sélectionnée est v0=E/B=104 m/sv_0 = E/B = 10^4\,\text{m/s} ; une particule à 2×104 m/s2 \times 10^4\,\text{m/s} subit une force magnétique double de la force électrique (déviation), une particule à 5×103 m/s5 \times 10^3\,\text{m/s} une force électrique dominante (déviation opposée).

6. Limites relativistes​

Les formules ci-dessus sont newtoniennes (mm constant). Pour des vitesses proches de cc (accélérateurs), la quantité de mouvement relativiste est p=γm0vp = \gamma m_0 v (γ=1/1−v2/c2\gamma = 1/\sqrt{1 - v^2/c^2}) ; la période cyclotron n'est plus indépendante de la vitesse, et le cyclotron classique ne fonctionne plus (il faut un synchrocyclotron ou un synchrotron). La limite pratique d'un cyclotron est v≲0,1cv \lesssim 0{,}1c (γ≈1,005\gamma \approx 1{,}005) ; au-delà, la synchronisation est perdue.

Capacités exigibles​

  • P2.4.lorentz — Décrire le mouvement d'une particule chargée : écrire la force de Lorentz q(E⃗+v⃗×B⃗)q(\vec{E} + \vec{v} \times \vec{B}), distinguer le rôle du terme électrique (travaille, modifie l'énergie) et du terme magnétique (perpendiculaire, ne travaille pas, courbe la trajectoire), et déduire le mouvement (rectiligne, parabolique, circulaire, hélice) selon l'orientation de v⃗\vec{v} par rapport à E⃗\vec{E} et B⃗\vec{B}.

Pièges classiques​

  • Force magnétique ne travaille pas : F⃗B⊥v⃗\vec{F}_B \perp \vec{v}, donc F⃗B⋅v⃗=0\vec{F}_B \cdot \vec{v} = 0 : le champ magnétique ne modifie pas l'énergie cinétique (pas la vitesse, seulement la direction) ; seul le champ électrique accélère (modifie vv).
  • Sens de la force pour q<0q < 0 : pour un électron (q=−eq = -e), la force est opposée à celle d'une charge positive ; il ne faut pas oublier le signe de qq.
  • Période cyclotron indépendante de vv : Tc=2πm/(∣q∣B)T_c = 2\pi m/(|q|B) ne dépend pas de la vitesse (ni du rayon) ; c'est la propriété clé du cyclotron (synchronisation du champ alternatif).
  • Rayon du cercle : r=mv/(∣q∣B)r = mv/(|q|B) est proportionnel à vv et inversement proportionnel à BB et ∣q∣|q| ; une particule lourde (proton) a un rayon plus grand qu'une particule légère (électron) à même vitesse.
  • Hélice : si v⃗\vec{v} a une composante parallèle à B⃗\vec{B}, la trajectoire est une hélice (pas un cercle) ; le rayon dépend de v⊥v_\perp (pas de v∥v_\parallel), le pas de v∥v_\parallel.
  • Spectromètre de masse : le rayon est r∝m/qr \propto \sqrt{m/q} (pas m/qm/q) ; deux ions de même charge mais de masses différentes ont des rayons différents (séparation par isotope).

Graphe de référence​

Rayon r=mv/(∣q∣B)r = mv/(|q|B) de la trajectoire d'un proton dans un champ magnétique (B=0,5 TB = 0{,}5\,\text{T}) en fonction de la vitesse vv. La courbe est linéaire (pente mp/(eB)m_p/(eB)) : plus la vitesse est grande, plus le rayon est grand. Pour v=106 m/sv = 10^6\,\text{m/s} : r=2,09 cmr = 2{,}09\,\text{cm} ; pour v=107 m/sv = 10^7\,\text{m/s} : r=20,9 cmr = 20{,}9\,\text{cm}.

Rayon de la trajectoire d'un proton (B = 0,5 T) en fonction de v

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : e3a, CCINP Physique — parties « mécanique ».

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.