Aller au contenu principal
Brouillon non relu. Ce cours est un brouillon non relu par l'enseignant : le contenu est à faire vérifier avant toute utilisation en classe.

P2.6 — Mouvement dans un champ de force centrale conservatif

Objectif du chapitre. Étudier le mouvement d'un point matériel dans un champ de force centrale conservatif (gravitation, électrostatique) : la conservation du moment cinétique, la planéité de la trajectoire, la loi des aires (2e loi de Kepler), l'énergie potentielle effective Ep,eff(r)E_{p,\text{eff}}(r) et la discussion de la nature de la trajectoire (état lié / diffusion), le champ newtonien (F∝1/r2F \propto 1/r^2), les lois de Kepler, les orbites circulaires, les vitesses cosmiques et les satellites géostationnaires. L'objectif est de savoir utiliser Ep,effE_{p,\text{eff}} pour discuter la nature de la trajectoire : c'est l'exercice type du chapitre.

Le produit vectoriel u⃗×v⃗\vec{u} \times \vec{v} est défini dans l'annexe Outils mathématiques.

Notions​

1. Champ de force centrale et conservations​

Un champ de force centrale est une force toujours dirigée vers (ou depuis) un point fixe OO : F⃗=F(r) e⃗r\vec{F} = F(r)\,\vec{e}_r. Les deux cas classiques sont la gravitation F⃗=−GMmr2e⃗r\vec{F} = -\dfrac{GMm}{r^2}\vec{e}_r et l'électrostatique F⃗=qQ4πε0r2e⃗r\vec{F} = \dfrac{qQ}{4\pi\varepsilon_0 r^2}\vec{e}_r (signe selon les charges).

Conservation du moment cinétique. La force étant radiale, son moment par rapport à OO est nul (OM⃗×F⃗=0\vec{OM} \times \vec{F} = 0) : le moment cinétique L⃗=m OM⃗×v⃗\vec{L} = m\,\vec{OM} \times \vec{v} est constant (module et direction).

Planéité. L⃗\vec{L} étant constant, la position OM⃗\vec{OM} et la vitesse v⃗\vec{v} sont toujours perpendiculaires à L⃗\vec{L} : la trajectoire est plane (elle est contenue dans un plan perpendiculaire à L⃗\vec{L} passant par OO). On peut donc réduire le problème à un mouvement plan en coordonnées polaires (r,θ)(r, \theta).

Conservation de l'énergie. La force étant conservative (champ central newtonien), l'énergie mécanique Em=Ec+EpE_m = E_c + E_p est constante.

2. Loi des aires (2e loi de Kepler)​

La conservation du moment cinétique L=mr2θ˙=csteL = m r^2 \dot{\theta} = \text{cste} se réécrit

12 r2θ˙=L2m=cste.\frac{1}{2}\, r^2 \dot{\theta} = \frac{L}{2m} = \text{cste}.

Or 12r2θ˙\dfrac{1}{2} r^2 \dot{\theta} est le taux de balayage d'aire (aire balayée par le rayon vecteur par unité de temps) : c'est la 2e loi de Kepler (aires égales en temps égaux). Le satellite balaie plus d'aire quand il est proche du centre (θ˙\dot{\theta} grand) et moins quand il est loin (θ˙\dot{\theta} petit).

3. Énergie potentielle effective​

En coordonnées polaires, l'énergie cinétique est Ec=12m(r˙2+r2θ˙2)E_c = \dfrac{1}{2}m(\dot{r}^2 + r^2\dot{\theta}^2). En utilisant L=mr2θ˙L = m r^2 \dot{\theta} (donc r2θ˙2=L2/(m2r2)r^2\dot{\theta}^2 = L^2/(m^2 r^2)), on isole le terme radial :

Em=12mr˙2+(Ep(r)+L22mr2)⏟Ep,eff(r).E_m = \frac{1}{2}m\dot{r}^2 + \underbrace{\left(E_p(r) + \frac{L^2}{2 m r^2}\right)}_{E_{p,\text{eff}}(r)}.

L'énergie potentielle effective est

Ep,eff(r)=Ep(r)+L22mr2.E_{p,\text{eff}}(r) = E_p(r) + \frac{L^2}{2 m r^2}.

Le 2e terme L22mr2\dfrac{L^2}{2mr^2} est le terme centrifuge (toujours positif, ∝1/r2\propto 1/r^2) : il « repousse » la particule du centre (effet de la conservation du moment cinétique). Le mouvement radial r˙\dot{r} est interdit là où Em<Ep,eff(r)E_m < E_{p,\text{eff}}(r) (énergie cinétique négative) : les points de retournement sont les solutions de Em=Ep,eff(r)E_m = E_{p,\text{eff}}(r).

Discussion de la trajectoire.

  • État lié (Em<0E_m < 0 pour la gravitation) : la trajectoire est fermée (ellipse) ; la particule est piégée dans le puits de potentiel.
  • État de diffusion (Em≥0E_m \geq 0) : la trajectoire est ouverte (parabole si Em=0E_m = 0, hyperbole si Em>0E_m > 0) ; la particule s'échappe à l'infini.
  • Orbite circulaire : EmE_m est au minimum de Ep,effE_{p,\text{eff}} (point d'équilibre stable) ; r˙=0\dot{r} = 0 partout.

4. Champ newtonien et lois de Kepler​

Pour la gravitation Ep=−GMmrE_p = -\dfrac{GMm}{r}, l'énergie potentielle effective est

Ep,eff(r)=−GMmr+L22mr2.E_{p,\text{eff}}(r) = -\frac{GMm}{r} + \frac{L^2}{2 m r^2}.

Orbite circulaire. Le minimum de Ep,effE_{p,\text{eff}} (où dEp,effdr=0\dfrac{\mathrm{d}E_{p,\text{eff}}}{\mathrm{d}r} = 0) donne le rayon de l'orbite circulaire rc=L2GMm2r_c = \dfrac{L^2}{G M m^2} ; la condition de force centripète GMmrc2=mv2rc\dfrac{GMm}{r_c^2} = \dfrac{m v^2}{r_c} donne v=GM/rcv = \sqrt{GM/r_c} et ω=GM/rc3\omega = \sqrt{GM/r_c^3}.

Lois de Kepler.

  1. 1re loi : l'orbite est une conique (ellipse, parabole, hyperbole) dont le centre attracteur est un foyer (résultat de l'équation de Binet).
  2. 2e loi : loi des aires (conservation du moment cinétique, section 2).
  3. 3e loi : le carré de la période est proportionnel au cube du demi-grand axe : T2=4π2GM a3T^2 = \dfrac{4\pi^2}{GM}\, a^3 (valable pour toutes les orbites autour du même centre).

Exemple (3e loi). Pour la Terre (GM=3,986×1014 m3/s2GM = 3{,}986 \times 10^{14}\,\text{m}^3/\text{s}^2) : une orbite circulaire de rayon r=R⊕=6,371×106 mr = R_{\oplus} = 6{,}371 \times 10^6\,\text{m} a pour période T=2πr3/GM=84,2 minT = 2\pi\sqrt{r^3/GM} = 84{,}2\,\text{min} (orbite basse) ; une orbite de r=4,216×107 mr = 4{,}216 \times 10^7\,\text{m} a T=86 164 sT = 86\,164\,\text{s} (le jour sidéral, géostationnaire).

5. Vitesses cosmiques et orbites​

Vitesse orbitale (circulaire). vc=GM/rv_c = \sqrt{GM/r} : vitesse d'une orbite circulaire de rayon rr. À la surface de la Terre (r=R⊕r = R_{\oplus}) : vc=GM/R⊕=7,91 km/sv_c = \sqrt{GM/R_{\oplus}} = 7{,}91\,\text{km/s}.

Vitesse de libération (seconde vitesse cosmique). vlib=2GM/r=2 vcv_{\text{lib}} = \sqrt{2GM/r} = \sqrt{2}\, v_c : vitesse minimale pour s'échapper de l'attraction (énergie mécanique nulle à l'infini). À la surface de la Terre : vlib=11,2 km/sv_{\text{lib}} = 11{,}2\,\text{km/s}.

Exemple. Le rapport vlib/vc=2v_{\text{lib}}/v_c = \sqrt{2} est universel (indépendant de rr) : il suffit de 2\sqrt{2} fois la vitesse orbitale pour s'échapper.

6. Satellite géostationnaire​

Un satellite géostationnaire est un satellite dont la période est égale à la rotation sidérale terrestre (T=86 164 sT = 86\,164\,\text{s}, le jour sidéral, et non 24 h24\,\text{h}) et dont l'orbite est circulaire et équatoriale : il est stationnaire au-dessus d'un point fixe de la Terre.

Rayon. La 3e loi de Kepler donne r=(GMT24π2)1/3=4,216×107 mr = \left(\dfrac{GM T^2}{4\pi^2}\right)^{1/3} = 4{,}216 \times 10^7\,\text{m} (avec le jour sidéral T=86 164 sT = 86\,164\,\text{s}), soit une altitude h=r−R⊕=35 786 kmh = r - R_{\oplus} = 35\,786\,\text{km}. La vitesse est v=GM/r=3,07 km/sv = \sqrt{GM/r} = 3{,}07\,\text{km/s}.

Propriétés. L'orbite est unique (rayon et altitude fixés par la période) ; le satellite tourne dans le même sens que la Terre et reste au-dessus de l'équateur (sinon il « bougerait »). C'est le principe des satellites de télécommunication et de météorologie.

7. Équation de Binet et forme des orbites (complément — démonstration hors programme)​

L'équation de Binet (complément : la dérivation complète est hors programme PCSI, le programme demande l'exploitation de Ep,effE_{p,\text{eff}} et l'énoncé des lois de Kepler) relie la courbure de la trajectoire à la force radiale. En posant u=1/ru = 1/r et en utilisant la conservation du moment cinétique (ℓ=r2θ˙\ell = r^2\dot{\theta} par unité de masse), on obtient

d2udθ2+u=−F(1/u)mℓ2u2.\frac{\mathrm{d}^2 u}{\mathrm{d}\theta^2} + u = -\frac{F(1/u)}{m \ell^2 u^2}.

Pour une force newtonienne F=−GMm/r2=−GMmu2F = -GMm/r^2 = -GMm u^2 :

d2udθ2+u=GMℓ2.\frac{\mathrm{d}^2 u}{\mathrm{d}\theta^2} + u = \frac{GM}{\ell^2}.

La solution est u(θ)=GMℓ2(1+ecos⁡(θ−θ0))u(\theta) = \dfrac{GM}{\ell^2}\left(1 + e\cos(\theta - \theta_0)\right), soit r(θ)=ℓ2/GM1+ecos⁡θr(\theta) = \dfrac{\ell^2/GM}{1 + e\cos\theta} : une conique d'excentricité ee :

  • e<1e < 1 : ellipse (état lié, Em<0E_m < 0) ; e=0e = 0 : cercle.
  • e=1e = 1 : parabole (seuil, Em=0E_m = 0).
  • e>1e > 1 : hyperbole (diffusion, Em>0E_m > 0).

L'excentricité est liée à l'énergie et au moment cinétique par e=1+2Emℓ2(GMm)2e = \sqrt{1 + \dfrac{2 E_m \ell^2}{(GMm)^2}} (par unité de masse : e=1+2(Em/m)ℓ2(GM)2e = \sqrt{1 + \dfrac{2 (E_m/m) \ell^2}{(GM)^2}}). C'est la 1re loi de Kepler (orbites elliptiques). Le théorème de Bertrand précise que seules les forces en 1/r21/r^2 et le rappel harmonique (F∝−rF \propto -r) donnent des orbites fermées ; les coniques à foyer sont propres au cas 1/r21/r^2.

Exemple. Pour une orbite avec Em/m=−GM/(4R⊕)E_m/m = -GM/(4R_{\oplus}) et ℓ=1,5 GMR⊕\ell = \sqrt{1{,}5\, GM R_{\oplus}} : e=1+2(−GM/(4R⊕))(1,5GMR⊕)/(GM)2=1−0,75=0,5e = \sqrt{1 + 2(-GM/(4R_{\oplus}))(1{,}5 GM R_{\oplus})/(GM)^2} = \sqrt{1 - 0{,}75} = 0{,}5 (ellipse de demi-grand axe a=2R⊕a = 2R_{\oplus}, excentricité 0,50{,}5).

Capacités exigibles​

  • P2.6.kepler — Utiliser l'énergie potentielle effective pour discuter une trajectoire : écrire Ep,eff(r)=Ep(r)+L2/(2mr2)E_{p,\text{eff}}(r) = E_p(r) + L^2/(2mr^2), tracer la courbe, identifier les points de retournement (Em=Ep,effE_m = E_{p,\text{eff}}), le minimum (orbite circulaire) et discuter la nature de la trajectoire (état lié Em<0E_m < 0, diffusion Em≥0E_m \geq 0).

Ce qui tombe en colle et en DS​

Utiliser Ep,effE_{p,\text{eff}} pour discuter la nature de la trajectoire : c'est l'exercice type du chapitre (champ central conservatif). Il faut savoir :

  • Établir les deux constantes du mouvement (énergie EE, moment cinétique LL).
  • Construire l'énergie potentielle effective Ep,eff=−GMmr+L22mr2E_{p,\text{eff}} = -\dfrac{GMm}{r} + \dfrac{L^2}{2mr^2} et en étudier la forme.
  • Discuter la trajectoire selon le signe de EE (elliptique, parabole, hyperbole).
  • Appliquer la 2ᵉ loi de Kepler (aire balayée) et relier la période au demi-grand axe (3ᵉ loi de Kepler).
  • Identifier le point de plus proche approche (périhélie) et le point de plus grande distance (aphélie).

Pièges classiques​

  • Terme centrifuge : L22mr2\dfrac{L^2}{2mr^2} est toujours positif et domine à petit rr (la particule ne peut pas « tomber » sur le centre) ; il ne faut pas l'oublier dans Ep,effE_{p,\text{eff}} (sinon on prédit une chute sur le centre).
  • État lié vs diffusion : pour la gravitation, Em<0E_m < 0 → lié (ellipse), Em=0E_m = 0 → parabole (seuil), Em>0E_m > 0 → hyperbole (diffusion) ; il ne faut pas confondre le signe de EmE_m avec le signe de EpE_p (toujours négatif pour la gravitation).
  • Orbite circulaire = minimum de Ep,effE_{p,\text{eff}} : l'orbite circulaire correspond au minimum de Ep,effE_{p,\text{eff}} (pas au maximum) ; c'est un équilibre stable (petites perturbations → oscillations radiales).
  • 3e loi de Kepler : T2∝a3T^2 \propto a^3 (carré de la période, cube du demi-grand axe aa, pas du rayon) ; elle ne dépend pas de la masse du satellite (seulement de GMGM du centre).
  • Vitesse de libération : vlib=2 vcv_{\text{lib}} = \sqrt{2}\, v_c (pas 2vc2 v_c) ; c'est la vitesse pour laquelle Em=0E_m = 0 (énergie cinétique = ∣Ep∣|E_p|).
  • Géostationnaire : l'altitude est fixe (35 786 km35\,786\,\text{km}) ; une orbite plus basse a une période plus courte (le satellite « bouge » par rapport au sol) ; une orbite polaire n'est pas géostationnaire (le satellite passe au-dessus des pôles).

Graphe de référence​

Énergie potentielle effective Ep,eff(r)=−GMr+L22r2E_{p,\text{eff}}(r) = -\dfrac{GM}{r} + \dfrac{L^2}{2 r^2} (par unité de masse) pour une orbite circulaire de rayon r=R⊕r = R_{\oplus} (L=GMR⊕L = \sqrt{GM R_{\oplus}}). La courbe a un minimum en r=R⊕r = R_{\oplus} (orbite circulaire, Ep,eff=−31,3 MJ/kgE_{p,\text{eff}} = -31{,}3\,\text{MJ/kg}) et tend vers +∞+\infty quand r→0r \to 0 (terme centrifuge) et vers 0−0^- quand r→∞r \to \infty (gravitation). Les états liés (Em<0E_m < 0) ont deux points de retournement (périhélie et aphélie) ; l'état de diffusion (Em≥0E_m \geq 0) en a un seul.

Énergie potentielle effective (par unité de masse) pour une orbite circulaire r=R⊕

Pour aller plus loin​

Annales utilisables sur ce chapitre (§4 de l'annexe Ressources, exercices et annales) : e3a, CCINP Physique — parties « mécanique ».

Voir aussi Ressources, exercices et annales pour les manuels recommandés et les banques d'exercices gratuites.